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dimanche, 10 septembre 2006

Chose rare : quand l’opposition RDR donne raison à Mamadou Koulibaly !



Dans
Le Courrier d’Abidjan Parution N° 811 du Samedi 9 Septembre 2006 http://www.lecourrierdabidjan.info/page_article.php?id=14... :

«Koulibaly réagit au communiqué du GTI»

par
Silué Nannougou :

«
Mamadou Koulibaly : "C’est la preuve qu’il vaut mieux revenir à une solution africaine"

Joint par Le Courrier d’Abidjan, le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Mamadou Koulibaly, a commenté le communiqué final du GTI. Particulièrement en ce qui concerne ses jugements sur la résolution 1633, qui ne serait plus suffisante pour garantir une sortie de crise, parce qu’elle serait neutralisée par la Constitution. "Ce n’est pas la Constitution qui pose problème, c’est la France. Le GTI vient de prouver par là que l’ONU n’est plus capable d’appliquer une résolution qu’elle a taillée sur mesure. C’est surtout la preuve qu’il vaut mieux revenir à une solution africaine, à une solution ivoirienne. On était en droit d’attendre de l’ONU que les rebelles soient sanctionnés pour le pillage des ressources au Nord mais elle n’en a pas été capable."
»



Comme si le RDR, parti central du bloc politico-rebelle que Mamadou Koulibaly a nommément mis en cause (lors de ses meetings à Anyama) dans l’organisation de ce pillage voulait donner raison au Président de l’Assemblée nationale, il répercute dans les colonnes de son organe Le Patriote des éléments importants à son appui ! — :

«Banque mondiale : Pays les plus pauvres de la planète
La Côte d’Ivoire classée 72è sur 76 pays
»

Le Patriote No. 2083 du Vendredi 8 Septembre 2006 — http://fr.allafrica.com/stories/200609080673.html :

«Que les pays pauvres en soient avertis. La prestigieuse institution internationale, à savoir la Banque mondiale, ne lave plus le linge sale en privé. Elle vient de rendre public pour la première fois, son classement annuel des pays pauvres. Des surprises, il y en a à tire-larigot; et suivant les bons et les mauvais points distribués, l’on découvre au grand jour les meilleurs élèves d’un côté, et de l’autre, les mauvais.
A travers des critères bien établis, dont le management économique, la politique structurelle, la politique sociale, la gouvernance..., la Banque mondiale réalise annuellement un classement des 76 pays les plus pauvres de la planète. Classement qui permettra à l’institution de déterminer les sommes qui seront prêtées, quand bien même la publication de telles données pourrait à l’avenir porter préjudice à leur crédibilité. Car certains gouvernements véreux, on en relève à la pelle, n’hésiteraient pas, si ce n’est déjà fait, à tronquer les données macroéconomiques, histoire de jouir des largesses de la Banque et attirer au passage un nombre conséquent d’investisseurs.
A la tête de ce classement prestigieux l’Arménie. Ce petit pays asiatique d’un peu plus de trois millions d’habitants a obtenu la note de 4,3 sur 6 au palmarès 2005. S’ensuivent immédiatement le Cap-Vert, Samoa et Sainte-Lucie avec respectivement 4,1-4,0-4,0. Ils sont suivis par la Tanzanie, Saint-Vincent et les Grenadines, le Honduras, l’Ouganda et le Ghana qui engrangent chacun la note de 3,9. Tandis que la Géorgie (10e) les Maldives, Bhoutan (12e), la Dominique (13e) l’Inde (14e), chacun 3,8 points sur 6. Alors que le Mali est classé vingtième (3,7 points), l’on retrouve trois autres pays africains à la 46e, 47e et 48e positions, à savoir le Cameroun, le Niger et la Mauritanie. L’Angola, malgré ses ressources énergétiques abondantes, ne pointe qu’à la 70e place.
Comme à l’accoutumée, ce sont encore des pays africains qui se disputent à qui mieux mieux les neuf dernières places. Ainsi, la Guinée-Bissau avec 2,7 points de moyenne arrive à la 68ème place, suivie respectivement du Soudan, de l’Angola, de l’Erythrée, de la Côte d’Ivoire, du Togo, des Comores, de la Centrafrique et le dernier des derniers à savoir le Zimbabwe (76ème). Bien que ce classement soit discutable, il n’est pas étonnant que le pays de Mugabe arbore le bonnet d’âne. Harare connaît l’une des inflations les plus élevées de l’histoire de la Banque. Au point que pour avoir 1 dollar américain, il faut actuellement 101 000 zimbabwéens. Je vous laisse imaginer le ras-le-bol des commerçants et autres trafiquants qui, pour acheter une chaîne à musique ou un climatiseur mobilisent des... conteneurs de billets.
(Source Tunis hebdo)
»




samedi, 09 septembre 2006

«Refus du bloc rebelle d'entrer dans le nouveau gouvernement: Le plan B de Chirac en route»



… une analyse proposée dans
Notre Voie — No. 2484 du Samedi 9 Septembre 2006 — http://www.notrevoie.com/a_la_une.asp?id=15812 :

par Paul D. Tayoro :

«
Ainsi donc, les rebelles et leurs alliés du RHDP refusent d’entrer dans le nouveau gouvernement de Banny. Leurs arguments cachent mal les véritables raisons de cette forfaiture.

C'est connu désormais, le bloc rebelle a annoncé lui-même qu'il refuse de faire partie du nouveau gouvernement que Banny se propose de former, parce que celui-ci, en remettant sa démission au président Gbagbo, lui a fait allégeance. Pour Djédjé Mady et ses amis, cette action devrait être faite en direction de la communauté internationale qui serait ainsi la présidente de la République de Côte d'Ivoire.
Les Ivoiriens, qui cherchent encore à comprendre l'attitude des rebelles et leurs alliés, se demandent pourquoi des hommes, qui ont déjà gouverné ou qui aspirent à le faire, ont une telle réaction.
Il faut comprendre que ces gens ne font rien ni par eux-mêmes ni pour leur propre compte. A la mi-septembre, le Conseil de sécurité doit se réunir pour parler encore une fois du processus de paix en Côte d'Ivoire. A cette occasion, la France compte faire adopter une résolution qui maintient le président Gbagbo en place, mais sans aucun pouvoir. Le rigolo du Gabon l'a dit à la sortie d'une rencontre avec Chirac. Ce dernier veut une sorte de gouvernement avec Gbagbo à la présidence pour la forme, Dramane Ouattara vice-président et chef du gouvernement, Guillaume Soro Premier ministre et Konan Bédié président d'une Assemblée constituante.
Cette formule, qui ne pourra être appliquée qu'en passant certainement sur le corps des Ivoiriens, constitue le fameux plan B conçu par l'Elysée pour, au bout, remettre le pouvoir à Dramane Ouattara qui a promis de gouverner par procuration, pour les seuls intérêts de la France.
Mais voici que l'affaire de la tuerie des étudiants par des élèves-policiers assistés de plusieurs dizaines de rebelles infiltrés et celle des déchets toxiques vient tout remettre en cause avec la démission de Banny. Ce qui s'est passé à l'université est la réalisation de l'appel lancé par le ministre Joseph Dja Blé dans Fraternité Matin. Il soutenait qu'avec lui, c'en était fini de l'impunité dont bénéficie la FESCI et qu'il était donc prêt à casser cette organisation estudiantine. Pourquoi ? On sait que les étudiants sont toujours les premiers à accourir vers la résidence du président Gbagbo quand celle-ci est menacée par les forces qui occupent le pays. Cela s'est, entre autres, vérifié en novembre 2004. Pourquoi peuvent-ils réagir avec autant de promptitude ? Parce qu'ils sont au campus, à quelques pas de la résidence du chef de l'Etat. Il fallait donc créer une situation de panique due au sentiment d'insécurité, afin de les en faire partir avant la mi-septembre où le plan B doit être appliqué.
Pour ce qui est des déchets toxiques, les enquêtes sont en cours. Mais on sait déjà que des membres du gouvernement sont impliqués jusqu'au cou dans cette affaire. Non seulement la réception des déchets toxiques leur permet de gagner beaucoup d'argent, mais, et surtout, elle peut créer un sentiment de panique générale au sein de la population. Chose que le bloc rebelle pourrait exploiter dans la perspective de la mi-septembre.
Une seule chose n'avait pas été prévue : l'honnêteté du Premier ministre Charles Konan Banny, qui, devant l'ampleur de la catastrophe et la preuve du laxisme coupable du gouvernement, a choisi de démissionner.
Le bloc rebelle et ses commanditaires sont pris de court. Dans la même nuit, Dramane Ouattara se rend en voiture à Accra, la capitale ghanéenne, pour s'enfuir du pays. A 22 heures, mercredi dernier, il prend l'avion pour disparaître comme à son habitude. La démission du gouvernement ne le rassurait pas. Les enquêtes qui sont en cours, pour expliquer ce qui s'est passé au campus, déterminer comment les déchets toxiques sont arrivés en Côte d'Ivoire et savoir qui tire profit de ces crimes, non plus.
A quelques jours de la mi-septembre, la démission remise au président Gbagbo est, en fait, une reconnaissance de ses pouvoirs constitutionnels. Une mise à mort du plan B de la France, son dernier “kata”.
La parade réside dans le refus d'entrer dans le gouvernement afin de provoquer une crise qui pourrait durer jusqu'à la mi-septembre et donner ainsi toutes ses chances de réalisation au plan B.
Voilà, selon une source bien introduite auprès de la rébellion, ce qui explique le communiqué du bloc rebelle qui se dit totalement surpris par la démission du gouvernement. Histoire de faire comprendre que cette situation perturbe ses plans.»




jeudi, 07 septembre 2006

Déchets toxiques. Et si l’on avait là la raison du mystérieux silence de plusieurs jours des médias français ?



Le Courrier d’Abidjan
Parution N° 809 du Jeudi 7 Septembre 2006 http://www.lecourrierdabidjan.info/page_article.php?id=14... :

«
Les acteurs du trafic passent à table et s’accusent»

par Danielle Tagro, Sylvestre Konin et Théophile Kouamouo :

«Révélations – Le Port autonome attaque le ministre des Transports. La société consignataire Waibs évoque toutes les autorisations reçues par le bateau. Le propriétaire et le locataire du Probo Koala reconnaissent la toxicité des déchets déversés à Abidjan. Et accusent Tommy. L’on se rend compte aussi que Trafigura, la multinationale au centre du scandale, a été citée dans le scandale «Pétrole contre nourriture» et est liée à un proche du président français Jacques Chirac.



L’affaire des déchets toxiques déversés à Abidjan ne sera pas le fait divers passager que beaucoup d’intérêts tapis dans l’ombre avaient espéré qu’elle soit. Elle se présente d’ores et déjà comme une gigantesque affaire d’Etat aux ramifications internationales incroyables. Et les rats commencent à quitter le navire Probo Koala ! Un à un, les acteurs cités dans le trafic passent à table et se «balancent» les uns les autres. Qui sont-ils ? Que disent-ils ?
A la fin de la chaîne, on retrouve la société Tommy, agréée le 12 juillet en qualité d’avitailleur spécialisé en matière de vidange des navires par un arrêté du ministre des Transports, Anaky Kobena – la seule à garder le silence jusqu’ici. C’est elle qui a récupéré les déchets à bord du navire et organisé leur dispersion sauvage dans les communes d’Abidjan. Mais elle n’est pas seule. C’est au Port autonome d’Abidjan que le Probo Koala, dont le consignataire ivoirien est la société Waibs, a accosté et a été déchargé. C’est la compagnie Trafigura Ltd, spécialisée notamment dans le négoce des produits pétroliers, qui est responsable de la cargaison du bateau, qu’elle a affrété. Le bateau, qui bat pavillon panaméen, étant lui-même propriété de la compagnie grecque Prime Marine Management INC, basée au Pirée. Les aveux et explications des uns et des autres permettent, d’ores et déjà, de remonter quelque peu la chaîne de responsabilité.

Le Port autonome d’Abidjan accuse en bloc le ministre des Transports, Anaky Kobena

La ligne de défense du Port autonome d’Abidjan est centrée autour d’une interrogation : pourquoi le ministre des Transports a-t-il, «contre toute attente», donné à la société Tommy, très opportunément, un agrément (là où une seule compagnie était spécialisée dans le secteur depuis de nombreuses années), une attestation en vue de la réception du produit toxique par la décharge publique d'Akouédo et un accord d'escorte douanière, lui permettant d’exercer en toute légalité (voir article Cyrille Djedjed). L’argumentaire ainsi développé est politiquement efficace, puisqu’il réinstalle le débat dans une dichotomie camp présidentiel-opposition. Mais les procédures ISPS ont-elles été scrupuleusement respectées, de bout en bout ? Le port n’avait-il pas, en dehors de tous les démembrements de l’Etat, l’obligation de procéder à ses propres vérifications ? La question reste posée et le sera tant que des précisions techniques plus convaincantes ne seront pas données.

Le consignataire ivoirien ne veut assumer que le rôle «d’intermédiaire»

Sous réserve d’anonymat, un cadre de la société Waibs, consignataire du bateau, s’est confié au Courrier d’Abidjan. Il tient à dire que Waibs n’a pas choisi de travailler avec la compagnie Tommy, mais qu’elle lui a été imposée. «Dans la nomination que nous avons reçue, Trafigura nous a demandé de contacter la société Tommy parce qu’au préalable il y avait eu un échange entre la société Tommy et Trafigura. Compte tenu des assurances données par Tommy, Trafigura nous a dit de prendre contact avec la société Tommy dont les références sont en attache du message de nomination. Contrairement à ce que les gens disent, nous n’avons pas coopté Tommy. La société Tommy a été imposée à Waibs pour suivre ces opérations», se défend-il. Le cadre de Waibs qui s’est confié au Courrier d’Abidjan nous a montrés un ensemble d’autorisations que Tommy avait eus les autorisations, poussant sa société, qu’il qualifie de «simple tuteur» du bateau, à être rassurée. «Quand un bateau arrive, toutes les autorités du port viennent à bord pour faire des vérifications et on le déclare. Tommy a eu une autorisation de la Douane, un agrément. Tommy a eu une autorisation de la décharge, un reçu d’Akouédo et une lettre de garantie. En plus, il y avait une escorte douanière ! Si un bateau vient au port et commet une infraction, dans ce cas-là, le port nous adresse un courrier pour nous le dire et cela engage notre responsabilité. Mais notre responsabilité se limite à l’enceinte du port. Petroci a accordé au bateau l’autorisation de venir sur le quai. Ce n’était pas un navire clandestin.»
Le cadre de Waibs affirme que le Probo Koala ne transportait pas des déchets toxiques mais des slops, c’est-à-dire des simples résidus de nettoyage de cales sans grande toxicité. Ce sont d’ailleurs ces fameux slops que la compagnie Tommy avait évoqués dans ses courriers aux autorités portuaires…

Le propriétaire du bateau affirme qu’il s’agissait de déchets toxiques, et que les autorités étaient au courant

Peut-on être plus royaliste que le roi ? Le propriétaire du bateau confirme sans peine que le Probo Koala a bel et bien «vidangé» des déchets toxiques à Abidjan. «Il ne s'agissait pas d'une cargaison toxique mais de déchets de précédentes cargaisons rendus toxiques par réaction chimique», a affirmé à l’AFP M. Kouleris, directeur des opérations de la compagnie grecque. «Toute l'opération était parfaitement légale, ce que nous pouvons comprendre est que Tommy a disposé ses déchets comme elle n'aurait pas dû le faire», a-t-il dit. Il a également précisé à l’AFP que le bateau, propriété de Prime Marine Management, n'était de toute manière pas sous sa responsabilité, étant affrété depuis un an et demi par la compagnie multinationale Trafigura.

La compagnie Trafigura enfonce Tommy

La compagnie Trafigura, spécialisée dans le trading des produits pétroliers et des métaux, ne nie pas non plus la toxicité de ses déchets. «Trafigura Beheer, soucieuse, a pris connaissance du rapport établissant que le résidu de la cargaison de gazole du Probo Koala, navire affrété par le groupe, a été vidé à Abidjan de manière inconsidérée», a réagi mercredi, dans un courrier électronique envoyé à l'AFP à La Haye, la société-mère de Trafigura, basée en Hollande.
«Cela a été fait en dépit des communications émanant du groupe aux autorités (ivoiriennes, ndlr) à propos de la composition des déchets, et d'une demande écrite assortie des documents requis afin que les déchets soient traités selon les lois de ce pays», affirme ce communiqué. Trafigura, qui confirme que les déchets étaient un mélange de gazole, d'eau et de soude caustique, assure être prête à «assister de tous les moyens la nouvelle commission gouvernementale à Abidjan».

Qui est vraiment Trafigura ?

Cela ne serait-il pas trop facile, finalement, de mettre en cause une société nouvellement créée, qui a tout l’air d’une société-écran ? Trafigura, habituée des activités en mer, ne savait-elle pas que la Côte d’Ivoire ne disposait pas de stations de déballastage capable de traiter ce type de déchets toxiques ? Les données de ce type sont disponibles sur les bases de données internationales ! Pourquoi avoir choisi pour une tâche aussi délicate une étrange compagnie agréée moins d’un mois plus tôt ? Intrigant ! D’autant plus que M. Kouleris, directeur des opérations du propriétaire grec du bateau, a indiqué à l’AFP que Tommy appartenait «au groupe local Puma Energy». Or, un voyage sur le site de Puma Energy International (dont Puma Energy Côte d’Ivoire est une filiale), nous apprend qu’en l’an 2000, «Trafigura Beheer BV, l'un des partenaires présents dès la fondation du groupe, a pris la pleine propriété et la gestion de Puma qui comprend maintenant treize sociétés d'exploitation dans dix pays d'Amérique latine, d'Afrique et d'Australie». Mais si Puma Energy appartient à Trafigura et que Tommy appartient à Puma Energy, Tommy appartient à Trafigura ! Les enquêteurs ivoiriens gagneraient à étudier les statuts de Tommy, pour connaître ses propriétaires et les différentes connexions dont ils peuvent se prévaloir.
Trafigura n’est de toute façon pas une compagnie «propre». Cette compagnie a été citée par une commission d’enquête onusienne dans le cadre du scandale «Pétrole contre nourriture» en Irak, dans laquelle les réseaux françafricains de Jacques Chirac et de Charles Pasqua étaient mêlés. Selon le journal satirique et d’investigation français Le Canard Enchaîné et le défunt François-Xavier Verschave, Trafigura est liée à un proche ami de Jacques Chirac, Patrick Maugein, Corrézien comme lui, et qui fait partie de son réseau d’influence en Afrique. Trafigura a été créée par des anciens traders du sulfureux Marc Rich, «empereur des traders» américain, impliqué dans une fraude fiscale de 50 millions de dollars… et gracié par Bill Clinton à la fin de son second mandat ! Et Patrick Maugein est un ancien trader de Marc Rich…
Trafigura n’est pas, par ailleurs, une entreprise inconnue sur la place d’Abidjan. Cette compagnie a réalisé une grande partie du chiffre d’affaires de la Société ivoirienne de raffinage (SIR), dans le cadre de ses activités de trading. Les responsables du Probo Koala sont donc bien connus en Côte d’Ivoire, et font de bonnes affaires ici !
Il est sans doute donc logique de s’interroger. Pourquoi avoir donné, en Côte d’Ivoire, sans appel d’offres, une telle importance à une telle compagnie «à problèmes» ? Le gouvernement va-t-il faire annuler tous les contrats de cette multinationale de mauvaise réputation coresponsable, quoi qu’on dise, de cette catastrophe ?»


Bref, pas de grain à moudre dans le cadre du sport préféré de nos médias : dénigrer le combat de la résistance et des patriotes ivoiriens...


Et si, du coup,
la démission du gouvernement Banny, qui à la fois dévoile l'ampleur du scandale, et qui a sans doute surpris la Françafrique obligée de sortir du silence, se trouvait relever du compromis (n'oublions pas que Banny est là par la volonté de la "communauté internationale") ? L'article ci-dessous est utile à ce sujet :


Le Courrier d’Abidjan Parution N° 809 du Jeudi 7 Septembre 2006
http://www.lecourrierdabidjan.info/page_article.php?id=14... :

«
Charles Konan Banny, irresponsable jusqu’au bout !»

par
Sylvestre KONIN :

«
Quand nous disions que Charles Konan Banny était incurablement irresponsable, d’aucuns croyaient qu’il s’agissait de calomnies gratuites proférées par un «extrémiste haineux». Sa réaction d’hier dans l’affaire des déchets toxiques déversés sur Abidjan finira certainement par convaincre les plus sceptiques. Dans ce scandale inqualifiable, l’Etat a gravement dysfonctionné, et des ministres mouillés jusqu’au cou. Et que fait notre Premier ministre ? Les a-t-il contraints à la démission pour les livrer à la Justice ? Non ! Les a-t-il limogés comme il le faut parce qu’ils manquent de dignité et d’honneur pour démissionner d’eux-mêmes ? Non ! Notre cher Premier ministre irresponsable ne peut et ne veut sanctionner personne dans son fameux Gouvernement de crabes et de scorpions, pour ne fâcher ni les uns, ni les autres ! Alors que fait-il ? Il propose la démission globale de son gouvernement ! Beau à première vue ! Mais seulement pour ceux qui ont la vue courte ! Parce que la solution de Banny est une solution de lâcheté. Il refuse de sanctionner, donc il passe par l’artifice d’une pseudo sanction globale qui n’indexe personne. Et il le fait parce qu’il a reçu la garantie du Président Gbagbo de le reconduire immédiatement pour qu’il forme un nouveau Gouvernement. On reprendra donc les mêmes crabes et les mêmes scorpions, moins quelques uns ! Et nous serons donc invités à tirer la conclusion que c’était eux, les «responsables» qu’il fallait sanctionner, et qu’ils sont donc ainsi sanctionnés. Eux s’en sortiront avec la couverture de ministres que leurs différents partis n’ont pas souhaité reconduire. Voilà la comédie qui est servie à la population contaminée de façon aussi odieuse. Ce qu’il nous aurait fallu ? Que Banny renvoie les ministres impliqués, de façon responsable et sans faux-fuyant. Il faut que, sous nos tropiques, on apprenne à sanctionner individuellement les gens pour les mettre devant leurs responsabilités individuelles plutôt que de se cacher continuellement derrière des collectifs ethniques, religieux ou politiques. Et si Banny trouve la faute si grave qu’il pense que c’est tout le Gouvernement qui doit payer, il faut que ce soit pour de vrai ! Il ne doit pas nous ramener les mêmes grigous, et le Président, lui, ne doit plus les accepter ! D’ailleurs, s’il s’agissait d’une vraie démission-sanction, le Président Gbagbo aurait dû commencer par ne pas nous reconduire Banny. Il aurait dû en profiter pour nommer un Premier ministre responsable sans équivoque devant lui et lui seul, pour que, lui, soit responsable devant le peuple qui lui a fait confiance et lui a confié la sécurité des ses vies et de ses biens. Hélas, pour notre malheur, le Président Gbagbo, va reconduire ce Premier ministre irresponsable, qui à son tour, va nous reconduire à peu de choses près le même Gouvernement irresponsable et incompétent. Dans une adresse publique intitulée «Monsieur le Président, notre Etat s’effondre» publiée dans Le Courrier d’Abidjan du 29 Août dernier, j’avais averti le Président Gbagbo en ces termes : «En continuant ainsi ce laisser-faire généralisé, vous décrocherez peut-être la palme d’or du «démocrate» le plus accompli, mais vous n’aurez plus d’Etat». Aujourd’hui, plus personne n’a besoin d’analyse ni de démonstration pour constater que nous y sommes.»



Quand on lit par ailleurs la dépêche ci-dessous, on est fondé à se poser ces questions...

http://www.lintelligentdabidjan.org/Depeche2000/index.php... :
L'Intelligent d'Abidjan : Dépêche 4:26 pm

15 H 15 Le point de l’actualité avant la formation du nouveau gouvernement :

Arrivé à Abidjan en fin de matinée ce Jeudi 07 Septembre 2006,le Premier ministre reçoit depuis 14H45 le collectif des victimes des déchets toxiques. Le RHDP a annoncé une déclaration à partir de 17 H au siège du PDCI-RDA à Cocody.
Depuis 13 Heures Anaki Kobenan le leader du MFA, et ministre des Transports dans le gouvernement sortant anime une conférence de presse.
Lors de son point de presse quotidien, le porte -parole du quai d’Orsay a réaffirmé le soutien sans réserve de la France à Charles Konan Banny.


Insatisfait, cela dit, le Quai d’Orsay, comme en témoigne l’AFP citant le bloc politico-rebelle du «G7» : «
Le G7 accuse M. Banny d'avoir fait allégeance à M. Gbagbo en lui remettant sa démission, alors qu'il n'a selon elle de compte à rendre qu'à la communauté internationale» (ABIDJAN (AFP) -
jeudi 07 septembre 2006 - 22h54 - http://www.izf.net/izf/AFP2/francais/special/afrique/0609...)… Cela dans une dépêche qui stipule que «Le nouveau gouvernement ivoirien sera connu "la semaine prochaine" après une série de "consultations"»…





Déchets toxiques. Démission du gouvernement ivoirien. Silence — pour l’instant persistant — de la presse française



Démission du gouvernement ivoirien. Silence de la presse française sur les déchets toxiques
— finalement rompu ! (voir en bas d'article)


Alors qu’une pollution massive par déversement de déchets toxiques a fait plusieurs morts et, pour l’heure 1500 blessés, la presse française maintient son silence sur le sujet. Le Monde d’hier soir (daté de ce matin 07.09.06 — http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3212,36-810017@...) parle bien de la Côte d’Ivoire mais pour nous faire une des sempiternelles annonces de ses souhaits — titre : «L'ONU s'apprête à sanctionner des proches du président Gbagbo» (pour les émeutes de juillet qui avaient stoppé l’identification effectuée sous la seule garantie des kalachnikovs des rebelles — sans doute en vue de ce que Le Monde appelle «organiser des élections incontestables»).

Dans presse ivoirienne, on reprend intégralement l’article du Monde pour que le lecteur puisse juger (dans Fraternité Matin —
http://news.abidjan.net/article/?n=211364) — signe à noter de la qualité de la liberté de la presse en Côte d’Ivoire. Et Fraternité Matin, pas dupe — on a appris en Côte d’Ivoire à lire et à décrypter la presse française —, surtitre : «Paris veut neutraliser Gbagbo - Gestion de la transition».

Le Monde avance naturellement les noms de deux sur trois des «gros poissons, des amis du chef de l'État, Laurent Gbagbo» qui seraient à sanctionner, le président du FPI et celui de l’Assemblée nationale, naturellement. Reste à savoir quel peut être le fruit de cette pression sur l’Onu… «Quelles sanctions reste-t-il contre les patriotes ivoiriens ?» doit-on se demander. Le «gel des avoirs» (encore faut-il les avoir, ces avoirs) à l’étranger et l’interdiction de sortir du territoire a déjà prouvé son inefficacité — à l’heure de la communication mondialisée — contre ceux auxquels cela a été appliqué !

Et avec cela, pas un mot sur les déchets toxiques. Ce matin, tandis que le gouvernement a démissionné devant le scandale de cette pollution, Nouvelobs.com reprend une dépêche de l’AP (http://permanent.nouvelobs.com/etranger/20060907.OBS0874....), dépêche très prudente, citant la compagnie en cause, «Trafigura Beheer, basée aux Pays-Bas, {qui} a déclaré qu'une entreprise locale a pu déverser de façon irrégulière des résidus d'une cargaison de carburant qui avait été envoyée en Côte d'Ivoire».

Bref, en l’état actuel des informations données en France, on se demanderait presque s’il y a vraiment eu pollution. «Le décès de trois enfants a été attribué à des fumées toxiques émanant d'une cargaison d'essence qui avait apparemment été déversée près de quartiers résidentiels d'Abidjan».

Toutefois, «la France a annoncé mercredi l'envoi "immédiat" d'une "mission d'évaluation des risques de pollution"». Il y a donc bien eu quelque chose, qui a d’ailleurs causé un scandale. Ce pourquoi, tout de même, «le gouvernement ivoirien a démissionné dans son ensemble mercredi 6 septembre, a annoncé la radio officielle.» Et le conseil des ministres s’est tenu exceptionnellement en présence des représentants de la presse : http://news.abidjan.net/h/211326.html.

Et apparemment, c’est cette démission qui embarrasse à présent ! Pas de commentaire en France, à ma connaissance, mais le journal du RDR, Le Patriote, qui nous a habitués à se faire régulièrement la voix du pouvoir français en Côte d’Ivoire, s’indigne : «
Ça sent le deal politique ! Ça ne semble pas net. La démission du gouvernement et la reconduction de Charles Konan Banny par le Chef de l’Etat Laurent Gbagbo pour former "un autre gouvernement" a le parfum d’une manœuvre politicienne» (http://news.abidjan.net/article/?n=211340).

Ou bien Le Patriote, qui s’indigne depuis plusieurs jours contre le gouvernement, aurait souhaité qu’il reste quand même aux affaires ! — ou bien il trahit les causes de l’embarras apparent qui est derrière le silence médiatique français, qui atteint même Libération, qui s’est pourtant fait une vocation de dénigrer la Côte d’Ivoire.
Wait and see* Peut-être une parole, un commentaire médiatique français va-t-il bientôt tomber…



Précision importante : Avec la MISE AU POINT DU PORT AUTONOME D’ABIDJAN RELATIVE AUX DECHETS TOXIQUES DEVERSES A ABIDJAN publiée dans le Courrier d'Abidjan (6.09.06) - où il apparaît que le PAA n'est pas en cause - et signalée hier sur ce blog, il faut signaler l'interview du Commandant Tano Bertin de la garde côtière accordée à Fraternité Matin : "On a été trompé".


* Dernière minute : le JT de 13 heures de France 2 de ce 7.09.06 a mentionné la démission du gouvernement signalée aussi par Le Figaro (avec AFP, AP, Reuters - 06.09.06 23h07). Le silence se rompt donc sur la pollution à Abidjan - suite à la démission du gouvernement (il semble qu'il ait fallu cela !). Le Monde a donné l'info aussi (LEMONDE.FR avec AFP | 07.09.06 | 09h39), mentionnant en outre la "compagnie grecque" propriétaire du navire Probo Koala qui parle de pollution "légale" !...






mercredi, 06 septembre 2006

Urgent... affaire déchet toxique - le gouvernement ivoirien vient de démissionner



Fraternité Matin -
http://news.abidjan.net/presse/fratmat.htm - Dernière mise à jour: 21 H 31 (GMT) 


URGENT.....AFFAIRE DÉCHET TOXIQUELE GOUVERNEMENT IVOIRIEN VIENT DE DÉMISSIONNERLE PREMIER MINISTRE IVOIRIEN CHARLES KONAN BANNY A PRÉSENTÉ LA DÉMISSION DE SON GOUVERNEMENT AU CHEF DE L'ÉTAT LAURENT GBAGBO LORS D'UN CONSEIL DES MINISTRES QUI S'EST TENU CE MERCERDI 6 SEPTEMBRE À YAMOUSSOUKRO. À L'ORIGINE, L'AFFAIRE DU DÉVERSEMENT À ABIDJAN DE DÉCHETS TOXIQUES EN PLUSIEURS ENDROITS PROVOQUANT LA MORT DE PLUSIEURS PERSONNES SELON DIVERSES SOURCES HOSPITALIERES. LE PREMIER MINISTRE EST CHARGER DE CONSTITUER UNE NOUVELLE ÉQUIPE GOUVERNEMENTALE.


Déchets toxiques à Abidjan – Un début d’explication du silence des médias français ?



Voilà une catastrophe écologique majeure : le déversement de déchets hautement toxiques amenés depuis le port autonome d’Abidjan en divers endroits de la ville. Déjà des morts et nombreuses personnes gravement malades. Des familles entières ont dû fuir leur domicile.

medium_bateau_poubelle.JPGL’affaire fait la Une de tous les journaux ivoiriens, est relevée par l’AFP,… et pas un mot en France.

Or, sans compter le fait que la gravité de la chose demanderait au moins un mot, on aurait là apparemment tout ce qu’il y a d’explosif, à un moment opportun : à quelques semaines de la rencontre de l’Onu où il va être question de la Côte d’Ivoire alors que les élections prévues ont été renvoyées sine die suite au refus rebelle de désarmer. Raison de plus de s’étonner de ce silence de nos médias pourtant d’ordinaire si prompts à relever tout ce qui peut nuire au pouvoir Gbagbo.

Les médias français ne nous ont-ils pas habitués à mettre à profit les périodes comme celle qui s’approche pour fragiliser autant que possible le pouvoir Gbagbo ? Ainsi, on nous a ressorti ces derniers temps l’affaire de la disparition de G.-A. Kieffer, pour nous livrer quelques conditionnels pas bien nouveaux — qui n’arrivent toujours pas atteindre celui qu’ils cherchent à viser, Gbagbo. À défaut de l’atteindre, ces conditionnels ont à nouveau servi à l’attaquer et à réclamer qu’il soit démis «de gré ou de force» (Hoffnung – Libération) (sic !).

Et en même temps, éclate une affaire énorme, susceptible de faire tomber bien du monde… et aucun média français ne s’en saisit ? Malgré la gravité écologique et sanitaire de la catastrophe ! Voilà qui est curieux !

Pourquoi donc un tel silence ?

Et si ce que dévoile L’inter (journal considéré comme ‘indépendant’ par les médias français) ci–dessous donnait l’explication ? À savoir : le pouvoir Gbagbo n’est probablement pas en cause ! Une attaque à ce point se révèlerait rapidement vaine — :


L’interhttp://news.abidjan.net/presse/linter.htm :

«La thèse du deal se précise. Voici le ministère incriminé»

«L’affaire du déversement des déchets toxiques à Abidjan continue de livrer ses secrets. Mieux, la thèse du deal se précise. L’Etat ivoirien par le truchement de son ministère des Transports, a accepté d’accueillir ces déchets toxiques sur le sol au détriment de la santé de ses populations. Ce, alors même que les responsables de ce navire pollueur ont pris soin d’informer les autorités ivoiriennes de la toxicité du produit qu’ils transportent. Pourquoi le ministère des Transports et le port d’Abidjan ont-ils quand même permis à ce bateau d’accoster. Le fait qui interpelle plus d’une personne c’est la célérité avec laquelle cette opération de vidange a été menée. Tout porte à croire que c’est une affaire parfaitement huilée depuis plusieurs semaines. Jugez-en vous même. Le 12 juillet 2006, la société Tommy spécialisée dans le vidange des eaux usées, l’entretien et le soudage des bateaux, reçoit son autorisation de création des mains du ministère des Transports {Ministre Innocent Kobena Anaky - Mouvement des forces de l'avenir, opposition bloc ‘houphouëtiste’}. Moins d’un mois après, soit le 09 août, le Port autonome d’Abidjan (Paa)* accorde à la société Tommy, le contrat pour le vidange du bateau ‘’Probo Koala’’. Un si gros marché pour une société qui a moins d’un mois d’existence. Dix (10) jours plus tard, le navire accoste avec son contenu toxique. Après avoir été codifié par les soins du service ‘’Point de contact’’ du port d’Abidjan, le navire devait être inspecté par les agents des affaires maritimes, direction rattachée au ministère des Transports et ceux du Ciapol, service spécialisé au ministère de l’Environnement. Mais de sources digne de foi, le navire n’aurait pas subi ces étapes. Pourquoi ? Le Ciapol affirme que les prélèvements ont eu lieu sur les sites, notamment à la décharge d’Akouédo et non pas sur le bateau ? Ce fait est des plus curieux dans la mesure où le Ciapol devait d’abord faire des analyses sur la toxicité du produit transporté avant de donner l’autorisation à la société Tommy de faire le vidange. Pourquoi, les choses se sont-elles passées ainsi ? Pourquoi, le Port a-t-il libéré le bateau alors que le Ciapol au vu des résultats de ses analyses sur les échantillons prélevés à Akouédo, a demandé la garde à vue de ce navire ? Bien des interrogations qui confirment la thèse d’un deal entre la société Tommy et le port, le ministère des Transports et même le district d’Abidjan qui a ouvert les portes de la décharge à une heure aussi avancée de la nuit.» JLG


Aurait-on là l’explication du silence de nos médias ? Silence similaire, apparemment, à celui concernant les tirs policiers sur des étudiants dont on n’a pas eu d’écho non-plus – cf. ce blog hier et l’article d’Anassé Anassé du Courrier d’Abidjan : http://www.lecourrierdabidjan.info/page_article.php?id=14...).



* Précision importante :  MISE AU POINT DU PORT AUTONOME D’ABIDJAN RELATIVE AUX DECHETS TOXIQUES DEVERSES A ABIDJAN publiée dans le Courrier d'Abidjan (6.09.06) - où il apparaît que le PAA n'est pas en cause.



mardi, 05 septembre 2006

Pollution chimique à Abidjan et tirs à balles réelles de policiers sur des étudiants.



Silence impressionnant de nos médias. Qui fait se demander : comment fonctionnent-ils ?

Deux affaires très graves ont secoué la Côte d’Ivoire au moment où l’on nous resservait à satiété en France des conditionnels à peine modifiés depuis deux ans sur l’affaire Kieffer… Rien de bien nouveau. Rien de suffisamment significatif en tout cas, on a pu le constater, pour mobiliser de la sorte les grands quotidiens et les titres des journaux télévisés français.

En même temps, deux affaires tragiques — pollution chimique à Abidjan (ayant déjà tué) et tirs à balles réelles (faisant aussi des morts) de policiers sur des étudiants — ; deux affaires tragiques dont les échos sont affaiblis au point qu’on ne les a pas entendus…

Au moment où on a beaucoup ré-entendu parler d’une affaire connue. Comprenons-nous bien : un homme a disparu, il est bon qu’on ne l’oublie pas.

Mais pourquoi nous resservir ces nouveautés qui n’en sont pas vraiment, précisément ces-jours-ci ? À quelques semaines d’échéances importantes pour la Côte d’Ivoire. Ce qui ne peut que poser des questions, quand nos médias nous ont habitués à soulever de façon récurrente ce genre de lièvres à ces périodes, donnant l’impression — aux esprits mal tournés ! — de vouloir influencer les décideurs onusiens…

Et voilà que ressort à ce moment-là cette triste affaire dont on ne sait rien de précis, évoquant des questions de cacao. La voilà qui s’accompagne du vœu explicite, dans un grand quotidien français (Libération), de voir Gbagbo «passer la main de gré ou de force» ! Tout cela sans que l’on mentionne le trafic de cacao bien établi, celui-là, depuis la zone rebelle et exfiltré par le port du Togo dont on reçoit le chef dynastique — dans le silence de nos médias — ; trafic dénoncé par le président de l’assemblée nationale ivoirienne, et objet d’une enquête fournie, et pas réfutée, du Courrier d’Abidjan.

Au même moment, deux affaires chargées de nouveauté celles-là, hélas ; deux affaires très graves, sont passées sous silence ! À ma connaissance en tout cas, on n’en a à ce jour, pas eu écho en France :

Le déversement de déchets toxiques en grande quantité au port d’Abidjan — pollution chimique qui a déjà fait des morts et de nombreux blessés ;

Et les tirs à balle réelle par des policiers sur des étudiants, faisant de nombreux morts et blessés, cela accompagné de viols, en présence du directeur de l’école nationale de police — comme le montre un film signalé ce jour par Le Courrier d’Abidjan.

Pourquoi un tel silence ?

Développements sur les deux affaires selon deux journaux ivoiriens :



LE SCANDALE DES DÉCHETS TOXIQUES
• Deux enfants décédés
• Le désarroi des populations


Fraternité Matin — mardi 5 septembre 2006 — http://www.fratmat.net/content/detail.php?cid=M8GD1WbWD5L :

L’HISTOIRE D’UN BATEAU QUI TRAUMATISE

par Jean-Rock K-KIRINE :

« Plus de 528 m3 principalement d’hydrogène sulfuré (H2S), de la soude (NaOH) et du mercaptan, des produits très toxiques pouvant entraîner la mort, ont été déversés sur 7 sites répertoriés pour le moment à travers la ville d’Abidjan depuis le 19 août 2006. Ce sont la décharge d’Akouédo, le Plateau Dokui, Vridi canal, N’Dotré, proche du Banco, route d’Allépé après le corridor de la Gesco, et le bas-fond vers l’école de police.
Arrivée au Port autonome d’Abidjan (PAA), le vendredi 18 août 2006, au quai de la Pétroci, le navire russe battant pavillon panaméen, le «Probo Koala» a, durant plus de 30 heures, déchargé son contenu qu’il a dénommé «Slops» (eaux usées, contenant un peu de pétrole). Or, d’après les analyses réalisées par les laboratoires de la SIR pour le compte du CIAPOL, il s’agit bien d’hydrogène sulfuré, de soude et du mercaptan.
Le courrier électronique envoyé le 17 août 2006 au Capitaine N’Zi Kablan, donne quelques éléments de réponses quant au contenu du navire. Dans ce courrier, M. Jorge Marrero de la société Trafigura LTD, qui a affrété le navire, basée en Espagne, a précisé qu’il s’agissait de produits chimiques (Chimicals Slops). Il demandait par ailleurs au capitaine de prendre toutes les dispositions afin d’éviter tout problème environnemental.
L’affaire fait grand bruit aujourd’hui à tel point que M. Jean-Pierre Valentini, un des directeurs de la société Trafigura devrait fouler le sol ivoirien dans les toutes prochaines heures.
Le  Centre ivoirien antipollution (CIAPOL) qui a pris connaissance de ce document a géré le transport des déchets. Un des plus proches collaborateurs de M. Doh André, directeur de ce centre, M. Bayé Etienne, inspecteur des installations classées, a assisté aux rotations des camions, le mercredi 23 août 2006, de 22 H à 3 H du matin. Et ce, malgré les réunions tenues au sein du CIAPOL, sur le déversement du produit toxique à travers la capitale économique. Le directeur du CIAPOL affirme n’avoir pas été, lors des réunions, informé de la teneur des produits disséminés à travers la ville. Or le 21 août 2006, M. Doh transmet par courrier N° 00261/MINEF/CIAPOL/DIR/Ads, «une mise en demeure» au commandant du navire «PROBO KOALA» lui demandant de rester à quai pour que ses services procèdent aux différents contrôles et examens du produit. A cette date, il reçoit les résultats d’analyse d’échantillon qui ont été prélevés à la décharge d’Akouédo, en provenance du navire. D’un côté, le CIAPOL joue la carte du protecteur et de l’autre il supervise les opérations de déversement à travers la ville, avec la société Tommy. Cette structure spécialisée dans le vidange des eaux usées des navires, détient un agrément probatoire délivré par le ministère des Transports, N° 169/MT/DGAMP/DTMSL du 12 juillet 2006 valable pour un an.
Le 21 août 2006, la société Tommy, par le biais des transporteurs qu’elle a sous-traité pour l’aider dans sa tâche s’est présenté à la décharge d’Akouédo avec un produit industriel, en provenance de Vridi. Et pour 500 000 F cfa, en fonction du tonnage, elle a déversé sa cargaison.
Bien qu’ayant reçu des informations sur les déchets toxiques, le district d’Abidjan a délivré des autorisations de déversement de ces types de produits à la décharge.
Selon un des transporteurs, M. Bayé Etienne, un autre responsable du CIAPOL, lui aurait demandé de verser du Grésil sur les lieux du déversement pour atténuer les odeurs. Le navire, le  PROBO KOALA, aurait été refoulé avec son chargement dans cinq pays africains. Dont le dernier en date est le Nigeria. Après s’être débarrassé de sa cargaison en Côte d’Ivoire, il est en partance pour l’Estonie.
De sources informées, le navire aurait cherché pendant plus de huit mois un pays pour l’accueillir. 
Le PAA, plus précisément la capitainerie, est garante des installations portuaires de la société WAIBS, consignataire du PROBO KOALA. C’est la capitainerie également qui autorise l’accostage et l’appareillage des navires. Le commandant du port, M. Bombo, qui a été entendu par la police, n’a pas plus été inquiété, même après avoir donné l’autorisation au navire de quitter le port. Malgré les courriers soupçonnant le navire d’avoir transporté des produits autres que des Slops (eaux usées).
Il faut savoir que dans le secteur industriel, l’hydrogène sulfuré intervient dans différents processus de production. Notamment dans la fabrication de fibres synthétiques ainsi que dans les cokeries et raffineries. L’hydrogène sulfuré  obtenu lors du raffinage du gaz naturel est le plus souvent transformé immédiatement en soufre.
Sur le plan pathologique et toxicologique, surtout chez les hommes et les mammifères, le H2S est une substance irritante et un poison nerveux et cellulaire. Il provoque l’irritation des yeux ainsi que des organes respiratoires. L’inhalation prolongée de sulfure d’hydrogène peut causer la dégénérescence du nerf olfactif (rendant la détection du gaz impossible). L’inhalation du gaz, même en relativement faible quantité, peut entraîner une perte de connaissance. Des lésions au niveau des bronches, des nausées et, en forte concentration, des lésions des nerfs olfactifs, des convulsions, des engourdissements et finalement la mort par apnée. En général, les personnes atteintes sont par la suite allergiques au H2S. Les affections provoquées par le H2S font partie des maladies professionnelles à déclaration obligatoire dans les pays occidentaux. Chez les végétaux, les dommages sont peu importants. Les plantes utiles les plus sensibles à cette substance sont le navet, la tomate, le concombre et le soja.
Selon des études réalisées à la demande du ministère de la Santé français en 1981, et disponibles sur l’Internet «effets de l’hydrogène sulfuré sur l’homme (OMS 1981)», il existe deux seuils de toxicité des “seuils des effets létaux ” (S.E.L.) et des “seuils des effets irréversibles ”
Les résultats d’analyse montrent que les effets sont 8 à 10 fois supérieurs au seuil autorisé dans les deux cas.
Selon, les informations communiquées par le ministre de la Santé, il y a deux morts. Deux enfants d’une dizaine d’années.
D’un autre côté, il a fallu attendre cette catastrophe pour que la Société ivoirienne de raffinage (SIR) mette en place une nouvelle procédure d’enlèvement de Slops au quai PETROCI Holding. A savoir : la demande d’autorisation douanière comprenant une escorte douanière pour l’enlèvement des slops, le certificat d’origine du produit à enlever, le certificat de quantité délivré par un organisme agréé en Côte d’Ivoire. Et enfin, un document certifiant la destination finale des Slops et indiquant le nom de la société pour le compte de qui l’opération s’effectue.

Repères

Riposte. Dès les premiers instants, le Premier ministre a décidé de la mise en place d’un Comité interministériel qui s’est réuni le mercredi 30 août à la Primature sous la présidence du ministre d’Etat, ministre du Plan et du Développement, M. Paul-Antoine Bohoun Bouabré.
Interpellations. Une enquête judiciaire a déjà permis l’interpellation de six personnes. Ces objectifs sont de déterminer clairement les responsabilités.
Soins. Des dispositions sanitaires ont été prises pour accueillir les populations touchées dans les principaux centres de santé que sont le CHU de Treichville et le CHU de Cocody pour la prise en charge médicale des malades. »



Quand les policiers font le lit de la rébellion à Abidjan

Le Courrier d’Abidjan Parution N° 806 du Lundi 4 Septembre 2006 — http://www.lecourrierdabidjan.info/page_article.php?id=14... :

par
Anassé Anassé :

« Danger – Le comportement irresponsable des policiers, qui ont attaqué le Campus jeudi et vendredi derniers, montre à quel point ce corps constitué chargé de maintenir l’ordre public est un bras séculier de la rébellion en zone gouvernementale.


Passée la vive émotion suscitée par la double barbarie policière sur le Campus, en fin de semaine dernière, l’on s’interroge encore sur les motivations réelles de tels agissements ; indignes d’un corps constitué chargé de maintenir l’ordre public.
Le jeudi 31 août 2006, une escouade d’élèves-policiers armés jusqu’aux dents, prenant prétexte de ce qu’un des leurs a été molesté lundi à la gare Sotra d’Adjamé par des étudiants, fait irruption sur le Campus universitaire de Cocody, pour se rendre justice. Pendant plus de quatre heures, ces élèves sous-officiers pensionnaires de l’Ecole nationale de Police, sise à moins de 50 mètres de l’Université de Cocody, violent les franchises universitaires. Ils saccagent tout sur leur passage, tirent à balles réelles et à bout portant sur des étudiants en pleins examens ; pourchassent - kalachs, revolvers et pistolets aux poings - tous ceux qu’ils rencontrent sur le Campus. Des cas de viols d’étudiantes sont même signalés. On se croirait dans le Far West américain, ou dans une série policière digne de «24 Heures Chrono»… Le bilan est lourd : un étudiant, répondant au nom de Assé Konan Olivier, inscrit en CBG 2ème année (Biosciences), après avoir reçu une balle dans la tête, a succombé des suites de ses blessures. Ce rodéo des policiers sur le Campus a également fait plus d’une vingtaine de blessés par balles, dont certains très graves.
Le lendemain vendredi, 1er septembre 2006, le président de la République Laurent Gbagbo reçoit dans la matinée – séparément – à son domicile, les responsables de la police, avec à leur tête, le ministre de l’Intérieur Joseph Dja Blé ; et le bureau national de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI), conduit par son secrétaire général, Koffi Serges. Après plusieurs heures d’entretiens croisés – sans doute houleux -, le ministre de l’Intérieur annonce l’ouverture d’une enquête pour situer les responsabilités et sanctionner les coupables. On croyait alors l’incident clos pour de bon, et le calme revenu sur le Campus, victime d’une vindicte policière hors norme. Mais, c’était mal connaître la nouvelle race de «famille kaki». Ce même vendredi en fin d’après-midi, rebelote. Les élèves sous-off refont une nouvelle descente musclée sur le Campus et dans d’autres résidences universitaires, notamment à la Cité Mermoz. En réaction à un autre accrochage survenu entre deux policiers et des étudiants, au parking de l’Université.
Depuis, des interrogations fusent de partout. Comment des élèves-policiers encore en formation peuvent-ils braver l’autorité de l’Etat, surtout après l’appel au calme lancé par leur ministre de tutelle ? Pourquoi des élèves-policiers peuvent-ils faire fi des injonctions du président de la République, chef suprême des Armées, et retourner sur le Campus pour faire régner leur loi : l’arbitraire ? Comment les élèves-policiers ont-ils pu avoir accès aussi facilement à la poudrière de leur école pour se procurer des armes de guerre, et les utiliser à deux reprises contre des civils sans être nullement inquiétés ?
De deux choses, l’une. Soit cette double expédition punitive des policiers sur le Campus démontre de la faiblesse de l’Etat et de ses institutions, à telle enseigne que le plus petit «garde floko» se croit permis de faire «sa» loi. Ou alors, ces élèves-policiers, bénéficiant de soutiens obscurs et de complicités internes, voulaient par de tels agissements, provoquer des émeutes et une insurrection à Abidjan, à l’approche du 31 octobre. Chose rêvée par le G7 pour transporter la rébellion en zone gouvernementale. L’histoire est un témoignage. Avant le 19 septembre 2002, une série d’incidents provoqués par des policiers - ils tiraient sur des chauffeurs de taxis et de gbakas pour 500 Fcfa - avait amené le gouvernement à lever les barrages sur les routes. Les assaillants en ont profité pour acheminer des armes de guerre à Abidjan, et constituer un commando pour attaquer la République. Les élèves-policiers de la présente promotion voulaient certainement rééditer l’exploit de leurs devanciers, en créant la chienlit à Abidjan pour faire le lit de la rébellion.
Certes, le directeur de l’Ecole de Police, le général Lago Daléba, a été relevé de ses fonctions. Mais le président de la République doit encore sévir. A défaut de destituer le ministre de l’Intérieur, le commissaire Joseph Dja Blé ou limoger Yapo Kouassi, le directeur général de la Police, les élèves-policiers de la présente promotion doivent être purement et simplement radiés. Car ces crimes crapuleux commis sur des étudiants aux mains nues ne sauraient rester impunis. »




lundi, 04 septembre 2006

À l’heure où l’on tait les enquêtes de la presse ivoirienne sur le trafic de cacao depuis la zone rebelle via la Burkina vers le port de Lomé…



Tandis qu'on nous a resservi les mêmes sempiternels conditionnels sur l’affaire Kieffer... au moment où Paris reçoit Gnassingbé (information et appels à manifester 'coupés' sur blogs.nouvelobs.com) dont le port sert au passage du cacao "exfiltré" depuis les zones occupées du nord de la Côte d’Ivoire; Mamadou Koulibaly, qui a dévoilé ce trafic, confirme ses affirmations, ratifiées par l’enquête de Théophile Kouamouo du Courrier d’Abidjan.
Le reportage de Soir info sur le meeting de Mamadou Koulibaly à Anyama :



Mamadou Koulibaly : «Si ce que je dis est faux poursuivez-moi !»

Soir Info — lundi 4 septembre 2006 — http://news.abidjan.net/article/?n=210671 :

«Le président de l’Assemblée nationale, Koulibaly Mamadou, est revenu à la charge, samedi dernier, au complexe sportif d’Anyama. Il y a deux semaines (le 20 août précisément), alors qu’il était au stade de la cité de la cola, le numéro 2 Ivoirien portait des accusations contre des responsables du Rassemblement des républicains (RDR). Le week-end dernier, profitant de la sortie officielle du groupe “ Femmes du nord engagées pour la paix ”, M. Koulibaly a enfoncé le clou. Il a mis au défi quiconque douterait de ses révélations, d’ester contre lui en justice. “ Si ce je dis est faux, poursuivez-moi ! Dites au ministre de la Justice qui est Mpci (Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire, une composante de la rébellion des Forces nouvelles, Ndlr) d’activer le procureur de la République pour que nous voyons clair dans cette histoire ”, a déclaré Koulibaly Mamadou, en présence de certains députés et de Charles Blé Goudé, président de l’Alliance des jeunes patriotes pour le sursaut national. “ Ils disent qu’ils vont porter plainte. Le ministre de la Justice est dioula. Il s’appelle Madou comme moi. Que Koné Mamadou qui est Mpci, que (Adama) Bictogo qui est Rdr viennent me prendre. Je les attends. Les gens d’Anyama veulent la vérité. Venez prendre Mamadou Koulibaly pour lui mettre les chaînes ”, a t-il défié dans un tonnerre d’applaudissements. “ Lorsque la presse a fait cas des déchets qui ont été déversés dans des eaux à Abidjan, le ministre de la Justice a été prompt. Immédiatement, il a saisi le procureur de la République. Mais pourquoi, il ne dit rien concernant le trafic du cacao alors que ce sont les mêmes journaux qui ont traités, à la même date, des deux affaires ? ”, s’est interrogé le député de Koumassi dont la quasi-totalité du discours a été fait en malinké. Au cours d’un meeting au stade d’Anyama, le 20 août dernier, Koulibaly Mamadou a dénoncé l’implication d’Adama Bictogo dans le trafic du café et du cacao ivoirien en direction du Burkina Faso. Selon lui, le secrétaire national chargé des relations avec les partis politiques du Rdr a bénéficié de la bagatelle de 250 milliards de F cfa pour les besoins de la cause. Concernant Ally Coulibaly, le chef du Parlement l’a accusé d’avoir corrompu un monsieur pour monter de toutes pièces l’affaire du “ charnier de Yopougon ” en octobre 2002. La direction du Rdr (Amadou Gon Coulibaly, Ally Coulibaly, Amadou Soumahoro, Adama Bictogo...) avait cru bon de réagir à ces accusations, une semaine après, soit le 26 août dernier, à la gare routière d’Anyama. “ Toutes celles qui sont venues me voir ont eu un seul mot à la bouche : ‘’Nous sommes fatiguées. Nous avons été mises dans un cul-de-sac. Nous avons été trompées. Nous voulons la paix’’. Mais on ne peut avoir la paix, sans un minimum de vérité. J’ai dit quelques vérités ici, il y a deux semaines. Ceux qui ont été indexés sont venus ici. Ils n’ont pas répondu aux accusations portées contre eux. Ils ont dit qu’ils répondront après. La réponse qu’ils ont apportée a été la bastonnade de Diabaté Bêh (membre du secrétariat général du Fpi, Ndlr) à Boundiali. Son pêché aura été d’avoir participé au meeting du 20 août dernier ”, a déploré le troisième vice président du Front populaire ivoirien (FPI), Koulibaly Mamadou.

La France accusée

“ Cela fait trois ans que l’argent du coton n’est pas remis aux paysans au nord. Il est vendu dans la sous région. 50 à 60 000 tonnes du café et du cacao quittent les zones rebelles pour ces pays. Et, c’est Jacques Chirac qui donne toute la garantie. C’est l’Etat français qui gère la réassurance de ce trafic de sorte que ces produits traversent la sous région sans problème. Et, ce n’est pas gratuit. Cela permet à Chirac de financer sa campagne. Cela permet à la direction du Rdr de se faire de l’argent. Et, les populations du nord s’appauvrissent ”, a dit l’ancien ministre de l’Economie et des Finances. “ Les populations du nord ont élu des présidents de Conseils généraux dans tous leurs départements. Au lieu de développer ces départements, avec les 2 à 3 milliards de F cfa qui étaient prévus pour le budget, ils se sont alliés aux Blancs. Sans le consentement des populations, ils ont achetés des armes (...). Ils ont dit qu’ils allaient faire partir Gbagbo en un jour. En un jour, ils n’ont pas pu. Ils ont dit qu’en deux jours, ils allaient le prendre...et ils sont allés de fausses promesses en fausses promesses Cela fait quatre ans et Gbagbo est toujours là ”, a moqué le baron du parti au pouvoir. “ Ceux qui sont à Azaguié ne peuvent pas dire qu’ils n’y a pas de Dioula à Azaguié. Il y a des Dioula à Daloa. Ils viennent certes du nord, mais ils sont Dioula de Daloa. Il y a des Dioula partout en Côte d’Ivoire. Tu te dis leader et tu dis qu’il n’y a pas de Dioula à Anyama (...). Tous ceux qui disent qu’il n’y a pas de Dioula en Côte d’Ivoire ne connaissent pas la Côte d’Ivoire. Or, ils veulent diriger la Côte d’Ivoire. Que la direction sache qu’il y a des Dioula partout en Côte d’Ivoire ”, a réagi le chantre du franc-flottant. “ Ils disent qu’il n’y a pas de Dioula à la tête de l’Etat. Si tu veux être un grand, il faut aller à l’école. Or, au lieu de faire partir les enfants à l’école, ils détruisent les écoles ”, a fustigé M. Koulibaly. Qui dit douter de la thèse selon laquelle le parti de M. Ouattara défend la cause des musulmans.

“ Ce que j’ai vécu à Kong ”

Selon lui, il a été, avant la guerre, à Kong, dans le département de Ferkessédougou, par deux fois. “ La première fois, j’ai été bien accueilli par l’imam, le chef de village, le chef de canton et la population. Avant de demander les nouvelles, l’imam m’a dit d’aller faire mes prières à la mosquée. Ce que j’ai fait. Là-bas, ils m’ont fait part de leurs difficultés. Ils m’ont dit : Madou, aide-nous ! ”, a raconté le chef du parlement Ivoirien. “ Une fois à Abidjan, j’ai pris attache avec tous les cadres et élus de Kong. C’est ainsi que j’ai été à Marcory-résidentiel, chez Gaoussou Ouattara (le frère aîné du leader du Rdr, Alassane Ouattara, Ndlr). Il m’a demandé de lui permettre de préparer le voyage. Je l’ai relancé plusieurs fois. Une semaine, deux semaines, trois semaines...ne voyant pas de réaction positive, j’ai pris des caméras de la télévision et j’ai pris la direction de Kong ”, a t-il expliqué. A en croire Koulibaly Mamadou, des conseillers municipaux, sur instruction de leur maire Gaoussou Ouattara, lui ont fait voir des vertes et des pas mûres. “ Une fois à Kong, ils m’ont interdit de filmer la ville. Etant chez l’imam, l’heure de la prière arriva. L’Imam, le chef de village et le chef de canton ont demandé qu’on parte à la mosquée. Les envoyés de Gaoussou Ouattara se sont opposés. Ils ont dit que Gaoussou ne voulait pas du tout que je prie à la mosquée de Kong. Et, nous sommes restés là jusqu’à ce que la prière finisse ”, a regretté le parrain de la sortie officielle du groupe “ Femmes du nord engagées pour la paix ”. Et de poursuivre : “ Sur le chemin du retour, je suis allé chez le sous-préfet de Kong pour lui faire les civilités. Et, j’en ai profité pour faire ma prière. Quand nous avons quitté Kong, en pleine brousse, un homme à bicyclette nous barre la voie. Je descends les vitres et il me dit ceci : ‘’Je suis venu de la part des sages de Kong. Ils disent qu’ils n’ont pas du tout apprécié ce qui vient de passer. Ils me chargent de vous dire que si vous venez ici la prochaine fois, allez voir directement la famille des Coulibaly et ils verront si vous ne serez pas reçu’’ ”. Pour Koulibaly Mamadou, un parti qui dit défendre les musulmans ne se comportent ainsi. C’est pourquoi, il a demandé à tous ceux qui ont tourné le dos au Rdr -surtout à la vingtaine d’association des femmes présente à la cérémonie- d’investir les cours, les quartiers, les villages, les communes, les sous préfectures, les préfectures pour expliquer leur décision. De la sorte, s’est-il convaincu, le chef de l’Etat français verra que les musulmans et les nordistes ne soutiennent pas le Rdr. Et, la donne changera avec le retour de la paix en Côte d’Ivoire, a terminé Koulibaly Mamadou.
par Sylla ARUNA »




À remarquer, sur l’affaire Kieffer : le seul média français, à ma connaissance, à avoir confronté ses sources, les témoins, est TF1, journal de 20h00 samedi 2 septembre, présenté par Claire Chazal, qui donne ici des leçons à plusieurs journaux français, dont on doit constater qu’ils se contentent de dire, sans plus même s’en cacher, leur désir de voir le pouvoir élu ivoirien être démis «de gré ou de force» ! (cit. Libération sic !) (Cela a été relevé sur ce blog ainsi que sur http://delugio.zeblog.com/, notamment ces derniers jours pour cette même affaire Kieffer). Le reportage de TF1 valait donc d’être mentionné : Tony Oulaï, principal mis en cause, relâché par la justice française «parce que rien n’a pu être retenu contre lui», s’y voit accorder tout simplement, lui aussi, la parole :
http://s.tf1.fr/FluxJt/jt20d02092006/jt20d02092006r05.asx (Si le lien ne s'ouvre pas, le copier et le coller, à l'onglet "fichier" de votre lecteur médias, dans "ouvrir une url").