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dimanche, 16 juillet 2006
Festival de cinéma de Ouagadougou : «La Victoire aux mains nues» censuré
«Côte d’Ivoire: Festival ciné droit libre : "La victoire aux mains nues" censuré
Fraternité Matin (Abidjan)
http://www.fratmat.net/content/detail.php?cid=5OHL916RD0U
http://fr.allafrica.com/stories/200607130795.html
12 Juillet 2006
Publié sur le web le 13 Juillet 2006 :
Sidiki Bakaba a dénoncé la censure dont son film a été l’objet à Ouaga.
Le documentaire qui retrace le massacre de jeunes Ivoiriens par l’armée française, en novembre 2004, ne sera pas à la 2ème édition du festival " Ciné Droit Libre ", prévu du 13 au 16 juillet à Ouagadougou, au Burkina Faso. Cette information a été portée à la connaissance du public lors d’un point de presse organisé hier, au Palais de la Culture. La raison évoquée dans un courrier par la Société SEMFILMS, organisatrice de ce festival est que " le Centre Culturel Français (CCF) Georges Méliès de Ouagadougou qui abrite le festival a refusé que ce documentaire soit diffusé dans ses locaux ". L’argument avancé est " que le film ne requiert pas toutes les normes éthiques pour être diffusé dans ses locaux ". M. Sidiki Bakaba et son épouse Ayala se sont indignés d’une telle interprétation qu’ils ont affirmé avoir du mal à comprendre.
Pour eux, en acceptant de retirer ce film sur demande du Directeur du CCF de Ouagadougou, les organisateurs sont en porte-à-faux avec l’objectif de ce f estival. A savoir, la promotion des droits de l’Homme et la liberté de la presse. M. Sidiki Bakaba se dit d’autant plus indigné que son film soit retiré d’un tel festival, pendant que le documentaire " Télé guerre ", qui est un film sur la télévision des forces rebelles à Bouaké, soit à l’affiche. Le cinéaste ivoirien a réaffirmé son désir de se rendre dans ce pays frère qu’est le Burkina, si le Président Blaise Compaoré l’y invite.
"La victoire aux mains nues" a été projeté dans de nombreux pays d’Europe et d’Amérique. Il est à ce jour doublé en anglais et la version italienne est en voie d’achèvement.»
*****
Le film :
http://www.midici.com/midi/?midi=detailart&idart=1460 :
«La victoire aux mains nues
Ce qui s’est passé sur l’esplanade de l’hôtel Ivoire d’Abidjan en début de novembre 2004 ne signifie rien d’autre que le décir des peuples africains de adapter les termes de leurs relations avec leur métropole. Un nouveau partenariat. Plus personne ne veut du pacte colonial. "La victoire aux mains nues", - film documentaire réalisé par Sidiki Bakaba - retrace ce réveil des Ivoiriens qui se fait dans la douleur mais avec dignité et fierté.
« Il vaudrait pour nous de savoir à quoi l’on est enchaîné pour pouvoir se détacher par la suite». C’est par cette phase anecdotique que le réalisateur donne lui-même le rôle que doit jouer cette œuvre cinématographique engagée. A regarder de bout en bout ce documentaire long de 104 minutes, on ne peut se garder de commentaires et d’émotions. Mon voisin lui n’a pas pu tenir, il a fondu en sanglots, il avait un accent d’un pays du centre, je crois qu’il n’est pas Ivoirien mais il a pleuré pour être solidaire de la cause d’un pays frère. Il s’est certainement efforcé de se contenir mais il n’a pas pu quand l’écran géant défilait ces images fortes des gens qui tombaient. Que leurs voisins soulevaient en larmes tout en scandant l’hymne national. Comme dans une fiction. Comment dans la douleur, le peuple a voulu continuer sa lutte, tout est bien perçu dans «La victoire aux mains nues » du cinéaste ivoirien. Cette jeune manifestante atteinte par une balle et évacuée au CHU mais qui avertit avec foi qu’« il y en a plein (comme elle) dehors ; si je me lève d’ici demain, j’irai marché (…) ; c’est qu’il va tuer tout le monde ». Dans un autre témoignage, un jeune homme handicapé mais qui a tenu à participer aux manifestations de novembre, a dit avec toute sa foi patriotique pour son pays que « Nous demandons aux Français, si nous leur devons quelque chose, qu’ils nous le disent maintenant et nous Ivoiriens, nous allons cotiser la somme que nous leur devons une bonne fois pour toute et nous serons enfin en paix ». Sans commentaires.
«La victoire aux mains nues » n’offre pas que des moments de tristesse aux spectateurs. Ceux qui ont eu le privilège d’assister à cette avant-première ont eu à le constater. On a eu bien plaisir à revoir les images des grandes manifestations du peuple ivoirien sur la place de la République au Plateau. Des manifestations hautes en couleur par le nombre, la participation de toutes sortes de nationalités. Un tour d’horizon est aussi fait sur l’histoire de la Côte d’Ivoire. Ecouter le président Félix Houphouët-Boigny, proclamer l’indépendance de la République de Côte d’Ivoire, avec à ses côtés, le superviseur français : le top départ du pacte colonial ; revoir l’opposant Laurent Gbagbo en meeting pour annoncer la politique de refondation aux populations.
Dans « La victoire aux mains nues », Sidiki Bakaba n’a rien voulu survoler. Le Dr. Alassane Dramane Ouattara n’a pas manqué à la partie. On peut voir le premier ministre des « 100 jours pour convaincre » se défendre - avec ironie - de ne rien savoir d’un document intitulé «La charte du Nord ». C’était en 1992 au cours du débat télévisé « le journal du jeudi » sur les ondes de la RTI. Bédié dans son tout premier discours à la nation lors de son accession à la « va vite » en 1993 et les temps forts de la transition du général Robert Guéï jusqu’à la prise du pouvoir par le président Laurent Gbagbo, tout est passé en revue. Idem pour le forum de la réconciliation et le « 19 septembre » noir. Le tout couronné par la triste mais riche période de conflits. Cocktail de témoignages édifiants !
Avec « La victoire aux mains nues », le cinéaste ivoirien, Sidiki Bakaba, donne une lecture vivante de l’exception ivoirienne.
Fiche technique
Durée : 104 mn
Réalisation : Sidiki Bakaba
Documentation : Ayala Bakaba
Assistante : Yasmine Magoné
Images : Sidiki Bakaba, Charles Olivier de Gballet, Gnahoua Dablè Olivier et Ibrahim Sanou
Textes : Bernard Binlin Dadié
Tableaux: Justin Oussou
Production: Képri Créations
Avec la participation du Palais de la Culture d’Abidjan
Hermann Aboa»
09:33 Publié dans Articles de presse | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 15 juillet 2006
Et si Zidane avait attendu pour régler ses comptes?
Telle est la solution qu’aurait préférée un internaute — appuyée de la thèse voulant que l’expulsion de Zinade ait nui à ses co-équipiers : http://blogs.nouvelobs.com/pyroman/index.php?afficheFichi...
J’avoue que cette thèse me tente. Elle présente cependant, à mes yeux, un inconvénient : elle reste — j’allais dire — strictement footbalistique. Au-delà de la «tasse», selon l’appellation anglaise du fameux trophée, il est vrai que la question du CV des copains interpelle… toujours sur un plan strictement footbalistique.
Je me demande toutefois si l’effet collatéral du geste de Zidane — et c’est là, j’ai essayé de le dire ces derniers jours, son intérêt essentiel : en deçà du football officiel et brillant, un coup de pied (ou de tête) dans la fourmilière officieuse du football des coups fourrés et autres insultes, harcèlement moral et racisme (cf. Aragonès ou Calderoli) jamais condamné clairement jusque là — ; je me demande si cet effet collatéral, lié à la notoriété de Zidane, et probablement non-prémédité, eût été produit dans les deux hypothèses qu'avance cet internaute : règlement de comptes au vestiaire en cas de victoire des Bleus (donc anonyme) ; sur le podium en cas de défaite — où le rapport avec les insultes aurait été fort improbablement fait. Et là, on aurait été fondé à soupçonner quelque chose de caractériel : aller tabasser sur le podium l’artisan de la défaite (l’auteur du but de l’égalisation) !
Aurait toujours manqué la force constatée de l’effet collatéral «du geste», a fortiori si le règlement de compte a posteriori relevait de l’ordre de la métaphore, et se réduisait donc à une série supplémentaire des déclamations tribunistiques auxquelles on est de toute façon habitué.
Décidément, à un plan non-strictement footbalistique, au regard de l’heureux effet collatéral sus-mentionné, les choses se sont passées au mieux !
Cela dit, à propos des remarques d’un autre internaute (http://blogs.nouvelobs.com/ARTEMIS/index.php?afficheFichi...) quant aux sanctions de l’acte, concernant Zidane : - une sanction footbalistique lui a déjà été infligée, - une enquête est en cours au plan de la Fifa, qui peut avoir des conséquences extra-footbalistiques. Reste que les injures aussi, notamment, le cas échéant, à caractère racial, tombent sous le coup de la loi. Et cet aspect des choses ne serait jamais venu au jour sans le grief sus-nommé et déjà en partie sanctionné : qui aurait eu l’idée d’aller fouiller les bandes vidéos pour y appliquer la lecture labiale ? Et, indépendamment des sentences des instituts de sondage, les Aragonès et autres Calderoli auraient continué à sévir sans être inquiétés. Sans trop rêver sur l’avenir concernant leur indécence, on peut espérer qu’ils soient plus portés à quelque, relative, rétention circonspective.
12:00 Publié dans Analyses & commentaires | Lien permanent | Commentaires (1)
vendredi, 14 juillet 2006
Langue de bois : morceau d’anthologie. Un cas exemplaire.
Voilà un texte bref qui fait un véritable morceau de choix, digne d’une anthologie des exemples remarquables de maniement de la langue de bois.
Il s’agit d’un article paru dans Libération de ce jour (14 juillet, ça ne s’invente pas), sous le titre «Timide réchauffement diplomatique entre Lomé et Paris», signé de Thomas Hoffnung — http://www.liberation.fr/actualite/monde/193368.FR.php.
Gageons qu’avant la chute du mur de Berlin, cette brève composition de Thomas Hoffnung eût été donnée comme matière d’exercices dans les écoles de journalisme préparant les serviteurs de l’État à travailler à La Pravda.
Déjà le titre : «Timide réchauffement diplomatique entre Lomé et Paris». Où l’on se pince dès l’abord ! Ai-je bien lu ? L’inénarrable Hoffnung continue-t-il de peaufiner une carrière de comique ? — comme lorsqu’il nous expliquait (en déc. 2004) que les tirs des chars français sur le palais de Gbagbo, puis l’encerclement de l’hôtel Ivoire à Abidjan étaient la conséquence d’une erreur d’orientation : les chars français s’étaient trompés de route et l’État major français ne savait pas que l’Hôtel Ivoire était un des centres névralgiques du pouvoir ivoirien — il était donc étonné que les Français d’Abidjan menacés ne soient pas là ! Non, la foule des manifestants non armés sur lesquels on avait tiré n’étaient pas là pour protéger le pouvoir élu d’un coup d’État, mais pour menacer les Français — et tant pis s’ils n’étaient pas ici !
Hoffnung préparerait donc une retraite comme comique au Music Hall ? Eh non, apparemment ! — : si on lit la suite de l’article, on s’aperçoit que le titre ne doit pas être lu dans le registre de l’humour.
Hoffnung soutient vraiment que si Faure n’a toujours pas bénéficié comme papa d’une réception officielle bien comme il faut à Paris, c’est qu’il y a vraiment un «froid». Oh, certes, prudent, il use des guillemets, mais n’en dit pas moins ce qu’il annonce !
Apparemment si Hoffnung s’inspire du cinéma burlesque, il connaît moins ce genre de films policiers où le commanditaire d’un forfait évite de recevoir de façon trop ostensible l’exécutant qu’il en a chargé — jusqu’à ce que les vagues judiciaires soient passées.
C’est que manifestement pour Hoffnung, l’ «élection» de Faure, au prix de centaines de morts, et l’entérinement de cette «élection», ne doivent rien à Paris, qui a simplement «reconnu sa victoire, à l'instar de la communauté internationale». (Tiens, Hoffnung a perdu à nouveau l’usage des guillemets de «communauté internationale», qu’il semblait avoir découverts dans un article récent concernant la Côte d’Ivoire, où il tentait à grand coup d’esbroufe de sauver ce qui reste de crédit à Paris dans les démêlés judiciaires consécutifs aux événements de Bouaké de nov. 2004 : il s’agissait alors de nous vendre que, pour cette fois, Paris et la communauté internationale étaient d’accord pour laisser faire Gbagbo — sic).
La «communauté internationale» reste ce concept commode qui permet de dédouaner de toute façon toute action françafricaine. On est au cœur du maniement de la langue de bois. Et l’usage habile, tant du concept que de la concession ponctuelle des guillemets, montre qu’en la matière, Hoffnung est un expert.
Bref, «à l'instar de la communauté internationale», la France n’a fait que reconnaître, presque à contre-cœur, faut-il entendre, la victoire de Faure.
Cela dit, faut-il toujours entendre, notre diplomatie n’en était pas moins fâchée, de cette victoire ! Effectivement la langue de bois, et Hoffnung, ne peuvent que concéder qu’il y eut «fraude massive» ! Et donc, forcément, on est fâché ! — en «froid».
Et Hoffnung de nous resservir, en le plaçant naturellement dans la bouche du directeur de cabinet de Faure (bien utiles citations), le sempiternel poncif selon lequel les arrière-boutiques de la Françafrique, «c’est une autre époque».
Et donc, toute cette fâcherie était sérieuse, faut-il comprendre : «En réalité, la France attendait des gestes d'apaisement de la part des autorités de Lomé. Elle plaidait notamment pour l'ouverture d'un dialogue national qui serait parachevé par l'organisation de législatives "propres"», assure Hoffnung. Et poursuit-il, sans émettre le moindre doute quant à cette volonté parisienne d’élections «propres» (on aura noté ses guillemets), ça y est presque : «Une première étape a été franchie, lundi, avec la signature, par la majorité de l'opposition togolaise d'un accord politique "de base" portant, notamment, sur la mise en place d'une commission électorale indépendante. Toutefois, le principal adversaire du régime, l'Union des forces de changement de Gilchrist Olympio, a refusé de le parapher, parlant d' "escroquerie"». Aucun commentaire sur ce refus d’Olympio — bref, il pourrait y mettre un peu de bonne volonté !
Et pour conclure : «Reste le cas Charles Debbasch», écrit Hoffnung. Cela pour nous dire quoi ? Que «Lomé n'a pas l'intention de l'expulser. Et Paris de le lui demander. Récemment, Debbasch, un ex-conseiller du président Giscard d'Estaing, a séjourné en France sans être inquiété.»
Bref, Paris voudrait bien, sans doute, «l’inquiéter», mais même s’il vient sur le territoire national, c’est tout de même embarrassant pour nos bonnes relations avec le Togo : c’est eux, qui ne veulent pas le livrer !
Ce faisant, en nous donnant l’impression de nous apprendre, sur un ton détaché mais désapprobateur, ce que tout le monde sait, Hoffnung obtient un triple bénéfice : passer pour un vertueux dénonciateur d’un régime honni, regretter que Paris soit si «timide» à son égard, et du même coup, disculper totalement Paris, qui serait, hélas, si impuissant face à tout cela !
Si La Pravda avait pu prendre la leçon, le mur de Berlin serait peut-être encore en place…
11:25 Publié dans Analyses & commentaires | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 13 juillet 2006
Zidane : échos en Afrique
Afrik.com : «Zidane s’excuse mais ne regrette rien»
Le meilleur joueur de ce Mondial donne ses premières explications — http://www.afrik.com/article10094.html
mercredi 12 juillet 2006, par Ali Attar
«Ce mercredi soir sur Canal +, Zinedine Zidane s’est expliqué pour la première fois sur les motifs du coup de tête qu’il a donné au défenseur italien Marco Materazzi lors de la récente finale du Mondial. Il s’excuse, mais ne regrette pas son geste car il y a des choses, des personnes, auxquelles nul ne peut toucher.
Pour la première fois depuis la finale de Dimanche, Zinedine Zidane, meilleur footballeur du Mondial a donné ses explications, toutefois sans répéter précisément ce qu’avait dit le défenseur italien. Morceaux choisis :
« Je lui ai dit d’arrêter de tirer mon maillot et que s’il le voulait, on pourrait faire l’échange à la fin du match", raconte Zidane, "Il a alors dit des mots très durs, des mots qui me touchaient au plus profond de moi. C’était très grave et très personnel. Cela concernait ma mère et ma sœur (...) J’aurais préféré une droite dans la figure...". "Je m’excuse auprès des milliards de téléspectateurs, je m’excuse haut et fort auprès des enfants, des éducateurs. Mais je ne peux pas regretter mon geste, cela signifierait que Materazzi a eut raison de dire ce qu’il a dit." ’Je ne crains pas l’enquête de la Fifa mais (...) le coupable est celui qui provoque. Ca suffit de toujours sanctionner la réaction. Il faut sanctionner le vrai coupable».
Quelques minutes plus tard, cette fois ci sur TF1, Zidane a ajouté que des propos tenus par des italiens, en particulier le dirigeant de la Ligue du Nord, Roberto Calderoli, vice-président du Sénat italien, qui a parlé de l’Equipe de France comme d’une équipe de "noirs, d’islamistes, de communistes", étaient encore plus choquants que son propre geste. Sur ce point, afrik s’étonne d’ailleurs qu’il n’y ait pas encore eu de réaction officielle de l’Etat français et des pays africains. Le discours de Roberto Calderoli devrait être condamné par l’ensemble de la Communauté Internationale.
Une polémique loin d’être terminée
Le président de la FIFA, Sepp Blatter, a déclaré ce mercredi que Zinedine Zidane pourrait se voir retirer son titre de meilleur joueur de la Coupe du monde en raison du coup de tête porté à Materazzi. "Le vainqueur de cette récompense n’est pas désigné par la FIFA mais par une commission internationale de journalistes", a précisé Sepp Blatter dans le quotidien italien "La Repubblica". "Ceci dit, le comité exécutif de la FIFA a le droit, et le devoir, d’intervenir lorsqu’il est confronté à un comportement contraire à l’éthique sportive". On pourrait penser que ce discours pourrait s’adresser au moins autant aux provocations italiennes. Retirons son titre de meilleur joueur à Zizou, mais retirons aussi la Coupe du Monde à l’Equipe italienne dans ce cas...
Heureusement que d’autres ont une vision plus élevée. La poétesse cubaine Zoé Valdes a ainsi déclaré dans le quotidien espagnol El Mundo que Zidane était un héros. Ce fut, selon elle, "une histoire implacable et un drame (...) magnifique dans son déroulement, avec une conséquence humaine, celle du héros redevenant un homme"."Nous avons pu apprécier une idole dans toute sa fragilité", mais aussi "sa grandeur, son intégrité en tant que personne".
Quel que soit le résultat de l’enquête de la FIFA, Zinedine Zidane restera comme le plus grand joueur de ces dix dernières années, alors que tout le monde aura bientôt oublié Monsieur Blatter. Mais pour que son geste ne soit pas perdu, il faut aussi espérer que les Materazzi et Calderoli soient sévèrement sanctionnés.»
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mercredi, 12 juillet 2006
Zidane : un autre enjeu
Avez-vous remarqué que la fête italienne se cantonne en un îlot italien, dont le centre est le Cirque Maxime ? — cette arène de gladiateurs ; tout un symbole !
Îlot désormais en effet, car l’enjeu s’est bel et bien déplacé, quoiqu’il en soit de la joie de ceux qui ont rejoint cette fête et quoiqu’il en soit de leurs raisons.
Ainsi, face à l’injustice qu’a subie la Côte d’Ivoire républicaine de la part du pouvoir français, je comprends très bien la joie qui peut animer certains de voir frustrer ce pouvoir d’une victoire au Mondial qui aurait forcément rejailli sur lui. Cela dit, l’enjeu est désormais ailleurs.
Le reste du monde est déjà passé à un autre sujet, qui dépasse le sport, la victoire italienne et la défaite des «bleus» : «l’affaire» Zidane-Materazzi.
Car c’est ici qu’est désormais le véritable enjeu de ce Mondial. Et c’est ici du coup que pourrait être le fondement de la victoire italienne (si tant est que l’on puisse percer le mystère d’une victoire ou d’une défaite au foot !) : des jurons racistes ayant entraîné l’expulsion de Zidane et la démoralisation de «bleus» qui dominaient très largement. Dès lors, l’avantage aux tirs au but pouvait-il être vraiment du côté de l’équipe déstabilisée ? — et à quel prix : celui des injures racistes qui fleurissent sur les stades européens ?!
Ce qui fait que désormais, il est temps pour quiconque n’a pas perdu toute lucidité d’abandonner les cris de triomphe. Cela vaut aussi pour les Italiens.
On a cru dans un premier temps que Zidane sortait déchu du stade de Berlin et du Mondial. On commence à se réveiller de la léthargie des lendemains de fête — fût-elle gâchée. Il apparaît déjà que le geste de Zidane, loin de l’avoir diminué, l’aura au final probablement grandi.
Ne serait-ce que parce que l’humanité n’a jamais diminué un homme. Quelle que soit la victoire ou la défaite à un jeu où le hasard joue un rôle non négligeable, et qui n’en reste pas moins un jeu, il n’y a pas de honte à montrer de la faiblesse. Dans deux registres différents, les larmes de Thuram et le coup de tête de Zidane relèvent de la grandeur.
Et si leur teneur nous reste cachée, il est des mots dont la petitesse ne rejaillit en rien sur celui qui en est à ce point blessé.
Mais surtout, déjà se pose cette question, qui va bien au-delà des défaites et des victoires sportives : et si «le geste» de Zidane était celui auquel il fallait enfin en venir pour mettre vraiment et clairement le holà — au-delà des déclarations lénifiantes concédées tardivement par la FIFA contre le racisme — à ce que tout le monde sait depuis longtemps et que dénoncent SOS Racisme, Licra et d’autres, en vain.
L’indécent sélectionneur espagnol insultant Thierry Henry en le traitant de «merdeux de Nègre» n’a à ce jour subi aucune sanction significative, le public continue de brailler son racisme contre les joueurs «de couleur», et ce Materazzi aurait continué impunément à déverser de sa bouche ses propos malodorants…
Et aujourd’hui certains s’offusquent de ce qui serait un «mauvais exemple» de Zidane ! Oh certes, il n’y a pas lieu d’exalter les coups de tête ! Mais cette façon de dénoncer le geste dénonciateur plutôt que la faute récurrente — autrement grave — qui sévit sur les stades, ressemble fort au carton rouge levé contre Zidane.
Ce carton rouge pourrait alors devenir aussi le panneau d'alerte enfin levé, qui verrait des sanctions enfin sérieuses contre l’indécence tue. Déjà, bonne nouvelle, SOS Racisme a demandé une enquête. Zidane serait alors le premier qui a dit la vérité, et de quelle façon — avec une éloquence qui remplace bien des mots. Et si, alors, la défaite des «bleus» devenait la victoire de la décence ?
17:10 Publié dans Analyses & commentaires | Lien permanent | Commentaires (0)
mardi, 11 juillet 2006
«Ces "Bleus" si "Black"»
«Pan Afrique: Coupe du monde 2006 - Ces "Bleus" si "Black": vive la racaille!»
Le Messager (Douala)
OPINION — 5 Juillet 2006
Publié sur le web le 7 Juillet 2006 — http://fr.allafrica.com/stories/200607070237.html
Par Achille Mbembe
«Auteur de De la postcolonie publié en 2000 (2e édition aux éditions Karthala, Paris, 2005), notre collaborateur Achille Mbembe est professeur d'histoire et de sciences politiques à l'Université du Witwatersrand (Afrique du Sud) et directeur d'études à la Witwatersrand Institute for Social and Economic Research (Wiser).
Il pilote depuis 2005 un symposium international d'analyse et de prospective sur le Mundial 2010 qu'accueillera l'Afrique du Sud. Pendant la Coupe du monde de football qui se déroule en Allemagne, il a tenu un journal. Il a accepté d'en partager de larges extraits avec les lecteurs du Messager. Un regard profond sur l'équipe de France qui monte en puissance dans ce tournoi depuis son match contre l'Espagne le 27 juin (3-1). Et des observations pertinentes sur le racisme dans le football :
Après avoir longtemps louvoyé, la Fifa semble donner l'impression de prendre finalement au sérieux la question du racisme dans le football mondial. Ainsi a-t-on fait lire aux capitaines des équipes qualifiées pour les quarts de finale une brève déclaration condamnant toutes les formes de discrimination et appelant le public à être solidaire de cet appel.
Qui ne se souvient, en effet, des blessures psychologiques qu'endurent presque chaque semaine les joueurs noirs dans certains stades d'Europe, de l'Atlantique à l'Oural ? En Espagne par exemple, des cris de singe accompagnent régulièrement le goléador du Barça, Samuel Eto'o à chacune de ses apparitions sur le terrain. Lors d'un match opposant l'Angleterre à l'Espagne à Madrid l'an dernier, les joueurs noirs de l'équipe anglaise (Shaun Wright Philips, Ashley Cole, Jermaine Jenas et autres) ont fait l'objet de copieux abus de la part d'un public littéralement en état d'ébriété, aussi excité que malpropre.
"Joueurs de couleurs"
Peu avant la rencontre, Luis Aragonès, le coach de la sélection espagnole, avait été le premier à mettre le nez dans la fange en traitant Thierry Henri de "Merdeux de nègre" - histoire, affirmait-il sans rire, de "motiver" le co-équipier d'Henri à Arsenal, le milieu offensif José Antonio Reyes. Invité à s'expliquer sur son refus de s'excuser, Aragonès a affirmé récemment ne pas être raciste. La preuve ? Il a beaucoup d'amis parmi les Noirs. Certains sont d'ailleurs des experts dans "la définition du sexe des poules et de la volaille" en général. On ne sait s'il pensait à ce même Samuel Eto'o. L'attaquant camerounais avait en effet pris la défense du vieux con ibérique lors de la controverse Henri et continue, aujourd'hui encore, de lui donner du "cher grand père". Toujours est-il que lors du match France-Espagne du 27 juin (3-1), Patrick Vieira n'y est pas allé par quatre chemins. Obligé de jouer au justicier, il a failli plonger ce minable vieillard dans un état d'apoplexie maximale en lui intimant, dans un geste familier (Chuutt..), l'ordre de se taire et de s'asseoir alors qu'il se répandait en protestations le long de la ligne de jeu.
Ceci dit, beaucoup auront remarqué - même s'ils ne le proclament pas sur la place publique - que l'équipe de France ne comprend que deux ou trois joueurs titulaires blancs. À les observer de près, ces "Bleus" sont, en effet, tout "Black". C'est d'ailleurs ce qu'a voulu souligner, récemment, le démagogue extrémiste français Jean-Marie Le Pen. Jouant, comme d'habitude, sur le non-dit raciste, il remarquait que cette équipe de "joueurs de couleur" qui, de surcroît, ne savent pas chanter 'la Marseillaise' à pleins poumons, était loin de représenter sa France à lui, la "vraie France". L'on en était au tout début de la compétition, à un moment où les "Bleus" avaient de la peine à trouver leur rythme et couraient le risque d'une nouvelle élimination au premier tour. Je ne sais si, fidèle à leur religion, Alain Finkielkraut et ses affidés ont pris le relais pour dénoncer cette "communautarianisation" du précieux joyau national.
La réponse de Thuram à Le Pen
Toujours est-il qu'à l'exclamation de Jean-Marie Le Pen (Tiens, la négraille, cette équipe de France!), le défenseur central Lilian Thuram a affirmé : "Moi, je ne suis pas noir". Au cas où on ne le savait pas, il est Français : "Vive la France. La vraie. Je veux dire : celle qui existe".
On est loin de Rimbaud qui écrivait : "Je suis un nègre". Ou encore, plus près de nous, d'Aimé Césaire qui, tout en se gardant de tomber dans une sorte de racisme noir, affirmait récemment dans ses fameux entretiens avec Françoise Vergès : "Nègre je suis, nègre je resterai".
Ces propos méritent la peine qu'on s'y arrête ne serait-ce que parce que, de tous les joueurs français ayant, quelque part, une origine africaine proche ou lointaine, Thuram est sans doute l'un des plus cultivés : "Moi, je pense que le doute est fondamental pour avancer. Il vous permet une réflexion sur vous-même". Il est également l'un des plus politisés. Il est membre du Haut Conseil à l'Intégration. Par exemple, lorsque, l'hiver dernier, le ministre de l'Intérieur, Monsieur Nicolas Sarkozy a mis la poudre aux banlieues en traitant les jeunes Français issus de la colonisation et de l'immigration de "racaille", le footballeur a aussitôt réagi pour condamner ces irresponsables propos. "C'est tellement facile ces discours populistes et démagogiques, de parler de personnes dont la plupart des gens ne savent rien", avait-il rétorqué. Et d'ajouter : "On met le feu aux poudres, on arrive comme un sauveur et on a tout gagné ! Si on est capable de faire çà, on est capable de quoi pour arriver à ses fins ? Moi, je ne pense pas que tous les moyens sont bons pour gagner, ni dans le foot, ni en politique".
En proclamant qu'il n'est pas Noir, Thuram dit plusieurs choses en même temps. Et d'abord, il s'inscrit en droite ligne de la pensée de Fanon pour qui "Le nègre n'est pas. Pas plus que le Blanc". On peut ensuite supposer qu'en niant l'existence d'une essentielle négritude, ce que Thuram veut mettre en relief, c'est d'abord son identité d'homme tout court. Mais c'est aussi le mouvement par lequel ce bout de territoire appelé la France est appelé à assumer cette part de son passé fait de rencontres, de brassages, de collusions et de violences.
Indirectement, Thuram compare ensuite l'histoire de la France à celle des Etats-Unis. Qu'en revendiquant sa francité, il évoque les équipes américaines de basket-ball, souvent composées en majorité d'Africains Américains signifie qu'à ses yeux, "représenter" la France n'est pas, avant tout, une question de pigmentation. En d'autres termes, la race ne constitue pas le visage premier de la nation, le déterminant premier de son identité. Cette dernière est, de bout en bout, une production historique et non point épidermique.
Négation de la race donc, et affirmation de la nation. Entre les deux, la référence aux origines africaines a totalement disparu. Est-ce le prix à payer pour que la France continue de vivre dans l'illusion que chez elle, la question raciale ne s'est jamais posée et ne se pose point ? Qu'est-ce que cela signifie de valoriser les attaches nationales à l'ère de la globalisation alors même que ses propres origines se situent dans la dispersion, dans une relation diasporique, dans un ici qui ne se conçoit pas sans un ailleurs ? Car tout de même, même si Thuram pense qu'il n'est pas Noir, pour beaucoup de Français, il l'est en effet. Ici encore, on se souvient de la fameuse phrase de Fanon : "Regarde le nègre !... Maman, un nègre !...". Comment se fait-il que Thuram ne puisse pas dire simplement : "Eh bien, heureusement pour la France, je suis Black et Français, et c'est bien ainsi". Qu'est-ce qui rend impossible une telle affirmation toute positive, qui ne doive pas au préalable passer par la négation de l'un des termes ?
Peut-être Thuram est-il véritablement fils de l'idéologie de la république aux yeux de laquelle il n'y a pas de races, mais seulement une humanité universelle. Ou, à l'opposé, peut-être ne sait-il plus nommer cette part de lui qui, dans la nuit des temps, vient d'Afrique. Peut-être qu'en vérité, pour ces "Blacks" des "Bleus", de "Keke" (Makelele) à Cissé, de Vieira à Diarra, de Saha à Malouda, Abidal, Boumsong et tous les autres, l'Afrique est désormais, véritablement, cette emprise sur laquelle il n'y a plus de prise - ou cette prise sur laquelle il n'y a plus d'emprise. Elle est ce dont il faudrait se dégager puisqu'on ne sait plus comment la nommer en nous - ou encore on ne sait la nommer que sous le nom même d'une impossibilité, c'est-à-dire, finalement, du pouvoir de nier.
Or, c'est justement ce pouvoir de nier et de refouler qui constitue le socle même du racisme à la française. Le racisme à la française consiste en effet à nier et à refouler la réalité du racisme tout court de telle manière que l'on puisse commettre des actes racistes tout en ne les reconnaissant jamais comme tels - tout en bloquant conceptuellement la possibilité de jamais les identifier et les nommer comme des actes racistes.
Interpellations
Le projet d'une cité (polis) au-delà des races est l'une des utopies les plus radicales du modèle républicain français. Malheureusement, il ne s'agit que d'une abstraite utopie qui, paradoxalement, ruine ses propres prémisses en prenant la finalité comme si elle était la réalité - comme si elle était d'ores et déjà advenue. Or, c'est précisément ce mythe et cette illusion que dément, de manière si spectaculaire, cette équipe des " Bleus " si "Black". Car, pourquoi une telle visibilité dans les sports (et peut-être la musique) et une telle obscurité dans tous les autres secteurs de la vie sociale, économique, intellectuelle et politique ? Où sont donc les Colin Powell français ; les Condolezza Rice, les Thurgood Marshall, les grands intellectuels à la manière de W.E.B. Dubois, Bell Hooks, Cornel West, Skip Gates, Anthony Appiah, Julius Wilson et les grands écrivains comme Maya Angelou et Toni Morrison ? Où sont les grands cinéastes, à la manière de Spike Lee et les producteurs de télévision, à la manière de Bill Cosby et Oprah Winfrey ? Où sont les généraux noirs dans l'armée et où sont les Maires dans les communes et les députés à l'Assemblée nationale et les ministres dans les cabinets comme, paradoxalement, ce fut le cas au moment de la colonisation ?
Car, ce vieux pays qui a encore tant de trésors à offrir à l'humanité, il faut l'interroger sans relâche ; il faut continuer de l'interpeller et le pousser, malgré lui s'il le faut, à sortir de son sommeil léthargique, de son incurable vanité et narcissisme, de son orgueilleuse complaisance. Il faut qu'il sache qu'il y a deux types de sociétés racistes. Il y a des sociétés qui tendent à ramener toute la richesse de l'expérience humaine à une question de race. Et c'est faux. Puis, il y a les sociétés où la question de la race fait l'objet d'un aveugle déni et d'un profond refoulement. Et c'est faux également.
Finalement : ces "Bleus" si "Black" gagneront peut-être la Coupe du monde. Moi, c'est mon souhait. À supposer qu'ils ne la gagnent pas, ils n'auront pas moins, authentiquement, été l'expression d'une certaine idée de la France - peut-être une France plus potentielle que réelle, peu importe. Cette authenticité - tel était peut-être, quant au fond, le propos de Thuram. Il l'exprimait à un moment où la France débat enfin publiquement de toutes ses histoires, de ses multiples genèses - l'esclavage et la colonisation y compris. Mais c'est aussi le moment où son ministre de l'Intérieur, Monsieur Nicolas Sarkozy, habitué à se pencher vers ce qui est bas et abject (le racisme), est en train d'organiser "la chasse aux enfants" sans-papiers.
Si, Dieu soit loué, des dizaines de milliers de Français ne se mobilisaient pas, comme ils le font en ce moment, pour s'opposer à cette démarche d'un homme cynique et mû par la soif de pouvoir, alors on pourrait se poser la question de savoir qui donc jouera pour ce vieux pays en 2010, et en 2014 et en 2018 et en 2022 et en 2026 et pour les siècles des siècles ?»
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