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vendredi, 07 juillet 2006
CENSURÉ SUR blogs.nouvelobs.com : «De quoi les Ivoiriens et les autres Africains francophones ont-ils besoin aujourd’hui ?»
Lu dans Le Messager (journal camerounais) — N° 2163 du 06-07-2006 — http://www.lemessager.net/details_articles.php?code=33&am... :
(Article CENSURÉ SUR blogs.nouvelobs.com)
«Jacques Chirac laissera-t-il le souvenir d’un grand président ? Non, selon Franz-Olivier Giesbert qui n’hésite pas à le décrire comme “ quelqu’un qui est enfermé, emmuré ” (La Tragédie du président, Flammarion, 2006). Pour sa part, Claude Imbert estime que, “ dans une démocratie honorable, un pouvoir rétoqué sur le non à l’Europe, remué par l’émeute des banlieues, humilié par l’enterrement du contrat première embauche, éclaboussé enfin par Clearstream, un tel pouvoir eût plié bagage ” (dans Le Point du 25 mai 2006, p. 3). Les journalistes étrangers ne sont pas plus tendres avec l’actuel locataire de l’Elysée.
Ainsi de Gerd Kröncke du Süddeutsche Zeitung. Voici le portrait que le journaliste allemand dresse de lui : “ Après les 80 % de voix enregistrées aux élections de 2002, Chirac aurait pu devenir un grand président… Il n’est aujourd’hui qu’une figure pitoyable. Il n’a pas réussi à se positionner au-dessus des partis et des petites intrigues de la vie politique… Il a gâché tant de potentiel. Pendant un court moment, quand nous étions tous réunis sur la Place de la République le soir de son élection, nous avons pensé : il va changer. Il va devenir un autre président. Mais il est resté celui qu’il n’a jamais cessé d’être : un homme prisonnier de ses petites affaires minables. Il essaie d’imiter la grandeur mais les Français ne sont pas dupes. Il n’y a qu’un seul moment au cours de son mandat où Jacques Chirac a été à la hauteur de sa fonction. C’est quand il a été le premier président à reconnaître en 1995 la responsabilité de l’Etat français dans les rafles de juifs pendant l’Occupation. Cette Vè République n’a connu qu’un seul grand président : de Gaulle… Et ce n’est pas un hasard si de Gaulle a été le seul à démissionner quand il s’est rendu compte que son peuple ne le soutenait plus ” (dans Le Point du 25 mai 2006, p. 40). Trois réquisitoires qui ne sont pas sans rappeler les critiques acerbes de Denis Jeambar (Accusé Chirac, levez-vous !, Seuil, 2005) et de Laurent Mauduit (Jacques le Petit, Stock, 2005). Mais les journalistes ne sont pas les seuls à parler de la misérable présidence de Chirac. Les hommes politiques se sont mis, eux aussi, dans la danse. C’est le cas de François Hollande qui, reconnaissant que “ l’image de la France est gravement altérée et la confiance de la Nation en ses dirigeants ruinée ”, se demande “ comment l’Etat a pu tomber si bas ”. C’était le 2 mai 2006 à l’Assemblée nationale. Bayrou – l’autre François – enfoncera le clou trois semaines plus tard. En effet, bien que de droite comme l’ancien maire de Paris, le président de l’Union pour la démocratie française ne se gênera pas pour dire que Chirac est un “ chef africain pour qui faire de la politique se résume à concentrer le pouvoir entre ses mains et celles de ses proches, arranger des coups, tuer politiquement, dans le but unique de contrôler le quartier général ” (dans Le Point du 25 mai 2006, p. 40).
Où veux-je en venir ? Pourquoi ce détour par la politique française ? Pour dire deux choses. La première est que, tout se payant ici-bas (le mal comme le bien), la France officielle est en train d’être sanctionnée pour avoir créé le “bordel” en Côte d’Ivoire, pour avoir accusé à tort les Ivoiriens de xénophobie ( je dis “à tort” car les étrangers représentent au moins 26 % de la population ivoirienne alors qu’ils représentent 7, 4 % de la population française selon le recensement de 1999), pour avoir légitimé une horde de pillards et d’assassins, pour avoir diabolisé et malmené un président dont le seul crime est d’avoir voulu revoir les relations économiques, politiques et militaires avec l’ancienne puissance colonisatrice, pour avoir tiré à balles réelles en novembre 2004 sur une jeunesse qui manifestait pacifiquement contre l’occupation par l’armée française des secteurs stratégiques de la capitale économique. En d’autres termes, le discrédit et le désaveu qui frappent aujourd’hui le président français est la vengeance du sang des Ivoiriens injustement massacrés depuis le 19 septembre 2002. Car, tôt ou tard, arrive le “crépuscule des crapules”.
Le deuxième point que je voudrais mettre en évidence, c’est l’idiotie et la déraison de certains Ivoiriens, c’est-à-dire de ceux qui ont profité avec la France officielle des richesses de la Côte d’Ivoire entre 1960 et 1999. L’idiotie, ce n’est pas seulement le fait de réclamer la mise sous tutelle onusienne de la Côte d’Ivoire parce que d’autres sont au pouvoir. C’est aussi le fait de chercher un nouveau souffle auprès d’un pouvoir à bout de souffle, le fait de se courber devant un régime couché, de monter dans une barque qui prend eau de toutes parts. L’idiot, c’est enfin celui qui est convaincu que, pour reconquérir le pouvoir, il n’y a rien d’autre à faire que de s’aplatir ou de ramper devant Jacques Chirac. La Côte d’Ivoire qui a organisé les élections d’octobre 2 000 avec les deniers des Ivoiriens sous feu Robert Gueï, connu le budget sécurisé, continue à payer ses fonctionnaires grâce aux bénéfices réalisés par les principales régies financières (Douane, Impôts et Trésor) depuis qu’elle a été lâchement attaquée, pris le train de l’indépendance totale et n’est pas près d’en descendre n’a que faire de la politique de l’agenouillement. Bref, la Côte d’Ivoire digne et résistante n’a pas besoin de mendier de l’argent pour organiser la présidentielle d’octobre 2006 (si cette dernière n’est pas reportée ou empêchée par une ènième tentative de coup d’Etat). A-t-on en effet besoin de tendre la main pour 200 milliards de Fcfa alors que 440 milliards de Fcfa volés dans les agences de la Bceao à Bouaké et à Korhogo dorment dans des comptes à Dubaï et à Beyrouth après avoir été blanchis au Sénégal, selon Amath Dansokho, le secrétaire général du Parti de l’indépendance et du travail (L’hebdomadaire du 11 mars 2006) ? La seule chose dont nous ayons aujourd’hui besoin, à mon avis, c’est d’une nouvelle relation avec la France. A ce propos, même s’il faut rester prudent car on a encore en mémoire l’exemple de Jean-Pierre Cot qui fut viré du ministère de la Coopération dans le premier gouvernement de François Mitterrand pour avoir voulu secouer le cocotier françafricain, Nicolas Sarkozy a vu juste pendant son voyage au Bénin en souhaitant entre la France et l’Afrique “une relation assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et des obsolescences qui perdurent de part et d’autre de la Méditerranée, sans sentiment de supériorité ni d’infériorité”, en refusant la “posture d’une France donneuse de leçons” (Le Monde du 19 mai 2006). Le ministre de l’Intérieur français ne s’est pas arrêté là. Il a aussi invité ses compatriotes à “renier tout paternalisme, à exclure toute condescendance à l’endroit des Africains, à tourner la page des complaisances, des officines, des secrets, des ambiguïtés”. Pour lui, non seulement la France ne peut pas continuer avec les mêmes réflexes vis-à-vis de l’Afrique mais Français et Africains doivent dialoguer sur un pied d’égalité car “l'immense majorité des Africains n'ont pas connu la période coloniale” (Libération du 19 mai 2006).
Certains diront – et ils n’auront pas tort – qu’il y a loin de la coupe aux lèvres, que Sarkozy n’est pas encore président de la République française et que rien ne nous dit que, élu, il passera de la théorie à la pratique, c’est-à-dire qu’il incarnera la rupture dont il n’arrête pas d’affirmer la nécessité et l’urgence. Ils auront pleinement raison s’ils refusent de ne pas verser dans un optimisme béat, s’ils veulent voir avant de croire comme saint Thomas. Oui, je suis d’accord qu’il faut rester lucide. Cela dit, je dois avouer que les propos de Sarkozy m’ont fait chaud au cœur parce qu’ils mettent le doigt sur le mal de l’Afrique francophone. Certes, les responsabilités internes dans la ruine des anciennes colonies françaises sont incontestables. Certes, nous ne pouvons pas ne pas battre notre coulpe mais qui soutient et protège actuellement Sassou Nguesso, Paul Biya, Idriss Deby et Omar Bongo contre les peuples africains affamés, clochardisés et réprimés? Qui a été complaisant avec Bokassa, Houphouët-Boigny, Mobutu, Hissène Habré et Eyadema ? N’est-ce pas d’abord pour les dirigeants occidentaux que ces “pères de la nation” ont travaillé ? En ce sens, on ne peut qu’approuver Kä Mana lorsqu’il écrit : “Le despotisme néocolonial…, son ressort était celui d’un pouvoir à poigne pour garantir les intérêts d’un capitalisme sauvage face au communisme, dans le contexte de la guerre froide. Mobutu était de ce point de vue l’idiot utile. Brutal, impitoyable et sanguinaire, il représentait l’image de la brute idéale qui devait maintenir son peuple dans la soumission absolue et exercer sans partage un pouvoir sans aucune responsabilité par rapport aux attentes des populations. Tant que ce régime lui était nécessaire, la communauté internationale l’a soutenu, aidé, sauvé de toutes les attaques de ses ennemis internes et externes. Seuls les changements géopolitiques dus à l’effondrement du communisme ont mis fin au rôle d’idiot utile et de salaud indispensable que Mobutu assumait dans l’ordre néo-colonial. Un ordre dont notre peuple n’a tiré aucun profit en termes de développement ou de progrès. Au contraire, ce fut, d’année en année, une véritable descente aux enfers pour notre pays” (Kä Mana, “Contre la politique sous tutelle”, Le Potentiel du 8 mai 2006). Enfin, qui a dit en 1989 à Abidjan que “la démocratie est un luxe pour les Africains” ?
Avant d’aller plus loin, je voudrais rappeler la définition de la démocratie. Voici celle de Tzvetan Todorov : “La démocratie signifie que chaque peuple est souverain, qu’il a le droit de définir pour lui-même le Bien, plutôt que de se le voir imposer du dehors. Par conséquent, lorsque les puissances occidentales conduisent leurs guerres coloniales au nom de la démocratie dont elles se veulent l’incarnation, les moyens utilisés annulent le but poursuivi. Comment peut-on promouvoir la dignité humaine des autres si on ne les laisse pas décider de leur propre système ? Si on impose la liberté aux autres, on les soumet ; si on leur impose l’égalité, on les juge inférieurs” (T. Todorov dans Le nouveau désordre mondial, Paris, Robert Laffont, 2003, pp. 31-32). Ce qu’on peut retenir de la conception todorovienne de la démocratie, c’est que celle-ci est incompatible avec l’impérialisme : quiconque se veut démocrate devrait renoncer à imposer et à s’imposer aux autres.
La question de fond que je voudrais examiner à présent est la suivante : Pourquoi les dirigeants français redoutent-ils la démocratie en Afrique ? Parce qu’elle remettrait en question la politique qu’ils ont conduite jusqu’ici, une politique que Lionel Jospin qualifiait en 1997 d’ “interventionniste, de paternaliste et d’affairiste”. Interventionniste et paternaliste car ils n’ont jamais cru les Africains capables de régler leurs conflits. On a entendu ainsi à Dakar Jacques Chirac railler et critiquer la médiation de Thabo Mbeki, la seule qui ait pourtant été menée de façon respectueuse, objective et impartiale alors que les accords de Marcoussis légitimaient et avantageaient outrageusement la rébellion. Chirac disait notamment que le président sud-africain ne maîtrisait pas la psychologie des Africains de l’Ouest, ce qui, de mon point de vue, est prétentieux et ridicule. Affairiste car, d’après Eric Fottorino, Christophe Guillemin et Erik Orsenna, “il n’est pas de campagne nationale française que l’Afrique n’ait pas soutenu financièrement en distribuant des oboles à tous, sans vrai favoritisme, pour être sûre d’avoir, quoi qu’il arrive, un parent à l’Elysée ou à Matignon” (Besoin d’Afrique, Fayard, 1992, p. 168). La démocratie fait peur parce que l’Elysée, Matignon et le Quai d’Orsay veulent continuer à faire et à défaire les présidents en Afrique, parce que les hommes politiques français refusent de voir l’Afrique “renouer avec le projet initial de libération économique, politique et culturelle qui a largement été contrarié par la politique africaine de la France, dont l’instrumentalisation de la Côte d’Ivoire et de son premier leader, Félix Houphouët-Boigny, a été l’une des composantes” (ces mots ne sont pas d’un partisan de Laurent Gbagbo mais d’Aminata Traoré, ancienne ministre malienne du Tourisme, dans sa Lettre au président des Français à propos de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique en général, Fayard, 2005, p. 144). Pour ma part, je pense que vouloir la démocratie chez soi et la refuser ailleurs, ce n’est pas seulement se montrer raciste mais ruser avec ses principes. Or une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde (Aimé Césaire dans Discours sur le colonialisme, Présence africaine, 1995). L’Afrique francophone a beaucoup changé en quatre décennies. La jeunesse africaine, qui représente 60 % de la population, y est décomplexée, politisée, informée et désire emprunter le train de la démocratie, choisir et renvoyer elle-même ses dirigeants, écrire elle-même son histoire, être dirigée par des chefs d’Etat libres et dignes comme Thomas Sankara dont le combat pour une véritable indépendance incommodait Paris car, selon l’universitaire française Anne-Cécile Robert, “ce n’est sans doute pas un hasard si le président François Mitterrand, qui n’a jamais remis en cause la “Françafrique” (ensemble de réseaux mafieux dont l’objectif est de garder les anciennes colonies sous la tutelle française selon feu François-Xavier Verschave dans La Françafrique. Le plus long scandale de la République, Stock, 1998), ne manifesta de colère qu’envers un seul chef d’Etat africain : Thomas Sankara. Par contraste, l’image du Maréchal Mobutu, dictateur criminel s’il en fut, assis près du dirigeant français sur le parvis des droits de l’homme à Paris, lors du bicentenaire de la Révolution de 1789, représente le symbole, à la fois pathétique et tragique, de la trahison du discours de Cancun de 1982” (A.-C. Robert, L’Afrique au secours de l’Occident, Editions de l’Atelier, 2005, p. 133). En un mot, ce qu’il faut aujourd’hui aux Ivoiriens et aux autres Africains francophones, c’est moins d’argent et plus de respect, plus de liberté et plus de justice. Ce qu’ils attendent des responsables français, c’est qu’ils ne diabolisent pas les présidents africains qui ont repris le combat de Thomas Sankara. J’ai dit “diaboliser” car, de l’aveu de Jean-Claude Guillebaud, “la modernité occidentale tend à diaboliser ce qui la conteste, à négliger ce qui la questionne, à combattre ce qui lui résiste” (J.-C. Guillebaud, “L’Occident ? Un monde clos sur lui-même”, Le Monde du 6 février 2006). Dans ce registre, je voudrais revisiter une réflexion de Mgr Hippolyte Simon sur les relations entre l’Eglise et la France dans son livre Vers une France païenne ? (Cana, 1999). L’archevêque de Clermont-Ferrand y écrit ceci : “La France avait, comme toute fille, vocation à s’émanciper un jour de sa mère (l’Eglise) et le fait que cette émancipation se soit souvent mal passée ne signifie pas qu’elle n’aurait pas dû avoir lieu”. Si on veut appliquer cela aux relations entre la France et ses ex-colonies, on dira que les Africains ne peuvent pas dépendre éternellement de la France et que, même si elle s’est quelquefois mal exprimée en Côte d’Ivoire avec les dérapages dont les patriotes ont pu se rendre coupables, leur volonté de substituer le partenariat au tutorat ne devrait nullement choquer ou susciter une levée de boucliers en France. Le désir d’une véritable indépendance qui se fait sentir ici et là en Afrique francophone ne devrait surtout pas pousser des individus et des multinationales en Europe à armer et à financer des rébellions pour massacrer des populations civiles et renverser des présidents démocratiquement élus.
Pour terminer, je me réjouis que Charles Taylor – une autre crapule - ait été arrêté pour répondre de ses nombreux crimes de guerre et contre l’humanité devant le Tribunal spécial de Sierra Leone. C’est un bon signe pour le retour de la paix en Côte d’Ivoire et dans les autres pays de l’Afrique occidentale. Mais Taylor n’est pas le seul à avoir déstabilisé et ensanglanté la sous-région. La justice et la logique voudraient que la communauté dite internationale s’intéresse aussi à Blaise Compaoré, l’homme avec qui Taylor s’est enrichi en pillant les richesses de Sierra Leone, du Liberia, de la Guinée et de la Côte d’Ivoire et à qui plusieurs organisations de défense des droits de l’homme attribuent au moins 116 assassinats politiques.»
Jean-Claude DJEREKE
auteur de changer de politique vis-à-vis du sud.
Une critique de l’impérialisme occidental, Paris, l’Harmattan (2004)
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jeudi, 06 juillet 2006
Petit mémento en 20 points sur la crise franco-ivoirienne
Au moment où la «révision évolutive» (selon la formule «Révisionnisme évolutif» de Th. Kouamouo) de la lecture que fait la presse française de la crise franco-ivoirienne prend le tournant tragi-comique que l’on sait, et dont Thomas Hoffnung est le dernier porte-parole, il n’est pas inutile de reproduire ce petit mémento publié en novembre 2004 dans www.ivoireforum.com (http://www.ivoireforum.com/a_la_une.asp?id=676), qui prend, avec un an et demi de recul, des allures prémonitoires…
Petit mémento en 20 points sur la crise franco-ivoirienne :
1. Saviez-vous qu’en 1999 la position française était que les conditions de nationalité ne permettaient pas à A. D. Ouattara de se présenter à l’élection présidentielle ivoirienne (cf. Bernard Debré, Le Figaro, 25. 11. 1999) ?
2. Saviez-vous que le concept d’ «ivoirité» proposé contre lui par son adversaire d’alors, H. K. Bédié (allié, aujourd’hui, de ce même A. D. Ouattara et des rebelles contre L. Gbagbo), n’a en revanche jamais été accepté par L. Gbagbo ?
3. Saviez-vous que A. D. Ouattara est de ceux qui ont appelé (sous le gouvernement Guéi) à voter «oui» au référendum d’alors, avec la clause électorale de la nationalité sur la Constitution de la IIe République qui doit être à présent réformée par un autre référendum pour qu’il puisse se présenter ? (Depuis L. Gbabgo a usé des prérogatives présidentielles que lui donne l'art. 48 de la Constitution pour lui permettre de se présenter quand même.)
4. Saviez-vous que les divers responsables du parti et du gouvernement (dénigré comme «ethnique») de L. Gbagbo (démocratiquement élu, rappelons-le), viennent des quatre coins de la Côte d’Ivoire ?
5. Saviez-vous que grâce à L. Gbagbo et au forum de réconciliation nationale qu’il a mis en place avant la tentative de coup d’État de septembre 2002, la nationalité ivoirienne a été accordée à A. D. Ouattara ?
6. Saviez-vous que L. Gbagbo avait mis en place, dans la foulée de ce forum, un gouvernement d’union nationale incluant le parti de A. D. Ouattara — avant, donc, la tentative de coup d’État de 2002, et donc avant que Marcoussis ne prétende le lui imposer en février 2003 — ?
7. Saviez-vous que les rebelles sont descendus jusqu’à Abidjan, où ils ont tué le Ministre de l’Intérieur, et qu’ils en ont été repoussés non par l’armée française, mais par l’armée ivoirienne ?
8. Saviez-vous que l’armée française a simplement bloqué tout le monde à Bouaké, Marcoussis entérinant cela, tandis que les Ivoiriens croyaient que la France mettrait au contraire en place les accords de défense scellés avec la Côte d’Ivoire ?
9. Saviez-vous que les populations du Nord ont fui en masse l’occupation rebelle et qu’on n’a pas assisté à ce mouvement en sens inverse (les populations du Nord ne se sentent donc manifestement pas persécutées au Sud !) ?
10. Saviez-vous que si l’on s’en tenait à l’affichage horaire des dépêches de presse, les deux Sukhoï ivoiriens sembleraient avoir été détruits par l’armée française quelques heures avant l’attaque (dont on ne cesse de s’étonner de l’absurdité) du camp français de Bouaké (dépêches du 6. 11. 2004 : 10 h 03 pour l’AFP, 10 h 26 pour Reuters*) ?
(La question que je posais alors sur nouvelobs.com — http://unevingtaine.wordpress.com/2009/02/18/j%E2%80%99ai... — concernant l’horaire des dépêches n’a toujours pas obtenu de réponse.)
11. Saviez-vous qu’un tel dérèglement des horloges des ordinateurs de deux agences de presse de cette importance ne peut que nourrir le doute des Ivoiriens sur la réalité de ladite attaque ivoirienne du camp de Bouaké ?
12. Saviez-vous que lorsque les Ivoiriens parlent de riposte disproportionnée, ils ne pensent pas tant à la seule destruction des Sukhoï, qu’à la destruction de tous les aéronefs ivoiriens (y compris civils), au bombardement des deux résidences présidentielles (Yamoussoukro et Abidjan), à la prise de l’aéroport et des deux ponts d’Abidjan (tout cela accompagné de tirs sur la foule), au positionnement d’une trentaine de chars autour de la résidence de L. Gbagbo, puis dans foulée à l’envoi depuis la ligne de front de dizaines d’autres chars (tout cela accompagné de tirs sur les populations qui voulaient s’opposer à cette descente des chars vers Abidjan), chars bientôt positionnés à proximité de la résidence présidentielle à l’hôtel Ivoire d’où l’armée française a de nouveau tiré sur la foule — foule sans armes, ni projectiles ou autres — ?
13. Saviez-vous que cela a été interprété (on peut concéder : de bonne foi !) comme une tentative de coup d’État ?
14. Saviez-vous que ce sont les tirs sur la foule sans armes, depuis les hélicoptères français, lors de la prise de l’aéroport, occasionnant, selon le CICR, de nombreux morts et blessés, qui ont provoqué la prise à partie de résidents français (conçue comme légitime défense, puisque la France prétextait les défendre) ?
15. Saviez-vous que sur ces entrefaites se sont retrouvés dans la foule 4000 prisonniers, évadés la prison gérée par une ministre anti-Gbagbo imposé par les accords de Marcoussis — et qu’aucun pillard n’a été arrêté par l’armée française (qui semblait donc avoir autre chose à faire) ?
16. Saviez-vous que «les médias de la haine» n’ont fait essentiellement pendant ces événements que lancer des appels aux dons de sang (il suffisait de les écouter pour le savoir) pour les blessés dont beaucoup par balles (près de 3000 d’après le CICR qui préfère ne «pas donner de précisions sur le nombre de morts ni sur les causes des décès, "afin de ne pas jeter d'huile sur le feu"», selon l’AFP — Genève, 22 nov 2004 — 18 h10) ?
17. Saviez-vous que le mythe de l’analogie rwandaise (qui fonctionne selon le syllogisme : problème politique chez les Noirs = futur Rwanda ! — Problème politique en Europe = future Shoah ?) propagée par un film distribué sous le manteau, a été ridiculisé par la diffusion en Côte d’Ivoire dudit film («Poudrière identitaire») à une heure de grande écoute (le mardi 14 août 2001 — en prime time, suivi d’un débat contradictoire relayant tous les courants d’opinion) ?
18. Saviez-vous que L. Gbagbo s’est toujours refusé à interdire les journaux d’opposition ?
19. Saviez-vous que la mise temporaire sous silence, par quelques manifestants, des médias reproduisant des propos comme ceux de responsables français qualifiant d’ «outranciers» les témoignages des témoins de faits avérés tels que décapitations par balles de l’armée française, a eu pour effet de calmer les esprits ?
20. Saviez-vous que ce qui vaut en France aux médias ivoiriens l’intitulé de «haineux» est d’avoir «excité» les lecteurs essentiellement par la reproduction de Unes et d’articles de journaux français sur la Côte d’Ivoire ?
Etc., etc. Mais qui veut savoir tout cela ? Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage !
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* Annexe
AFP - 06/11/2004 10:03:08 :
«Les militaires français ont détruit samedi au sol sur l`aéroport de Yamoussoukro (centre de la Côte d`Ivoire) deux chasseurs-bombardiers Sukhoï de l`armée ivoirienne, a annoncé à l`AFP le colonel Philipe Mangou, du commandement ivoirien du théâtre des opérations militaires.
"Les militaires français ont détruit nos Sukhoï au sol", a indiqué le colonel Mangou sans préciser les raisons de cette action.
Celle-ci est intervenue "en rétorsion" d`un bombardement de l`aviation ivoirienne en début d`après-midi sur un cantonnement de soldats français à Bouaké (centre), le fief des rebelles, a appris l`AFP de bonne source.
Ce bombardement aurait fait "plusieurs victimes" dans les rangs français, selon cette source qui n`a pas donné plus de détails.»
Reuters - 06/11/2004 10:26:51 :
«Deux avions gouvernementaux ivoiriens ont été abattus samedi par l`armée française après avoir bombardé une position française à Bouaké, dans le nord du pays, faisant huit morts et 23 blessés parmi les militaires français, a-t-on appris auprès d`une source onusienne.
"Des sources militaires au sein des Nations unies ont dit que deux Soukhoï (des avions militaires) appartenant à l`armée ivoirienne venaient d`être détruits après que ces appareils eurent visé une cible française", a déclaré Jean-Victor Nkolo, porte-parole de la mission des Nations unies en Côte d`Ivoire.
"Huit personnes ont été tuées et 23 autres blessées. Tous étaient des soldats français" a-t-il ajouté.»
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mercredi, 05 juillet 2006
«Révisionnisme évolutif»
Le Courrier d’Abidjan — Parution N° 756 du Mercredi 5 Juillet 2006 — http://news.abidjan.net/presse/courrierabidjan.htm — Rubrique «Le blog de Théo» Par Théophile Kouamouo :
«Les historiens de la presse s’amuseront bien quand ils étudieront les journaux français de la période folle que nous vivons, autour du thème de la crise ivoirienne. Avec un peu de chance, ils développeront un concept : le «révisionnisme évolutif». Au départ, on engage une action moralement scandaleuse – ici, il s’agit de l’organisation d’un coup d’Etat puis d’une rébellion armée en Côte d’Ivoire. Puis, on tente de travestir les faits de la manière la plus grossière possible. Mais on se rend vite compte qu’on n’a pas le monopole de l’information, qu’il y a des journaux sur les lieux des crimes qui répercutent les vérités qui nous dérangent, et qu’on a laissé des traces sur le lieu de notre forfait. On réécrit donc l’Histoire falsifiée qu’on était en train de tenter d’imposer. Non pas en restituant ses droits à la vérité, mais en concédant ce qu’il est désormais impossible de ne pas admettre. Sauf que la vérité, dans la crise ivoirienne, vient à compte-gouttes, progressivement, comme un puzzle dont le visage final sera la face la plus hideuse de la Chiraquie. Sauf que les nouvelles versions, quand elles s’empilent les unes sur les autres avec frénésie, finissent pas discréditer à jamais celui qui les diffuse.
On l’a vu avec l’affaire du massacre de l’Hôtel Ivoire, où Paris a dit tout et son contraire avant de se taire piteusement. Désormais, c’est le prétendu «bombardement» de la base française de Bouaké par les FDS dont l’Histoire est réécrite tous les jours, au fur et à mesure de l’instruction des plaintes des parents des victimes. Les journalistes qui se font un honorable devoir de toujours se porter au secours de leur armée et de leur gouvernement sur le théâtre des guerres coloniales, rappliquent pour expliquer au bon peuple l’histoire invraisemblable de Jacques Chirac, le président qui s’était précipité pour accuser son homologue ivoirien d’être à la base du bombardement de Bouaké, et qui paradoxalement aurait pris le risque d’une affaire d’Etat pour faire disparaître les preuves du forfait de son ennemi ivoirien. Parmi ces journalistes, Thomas Hofnung de Libération qui a pondu un article rempli de contre-vérités «exclusives» pour faire semblant de dénoncer une prétendue complicité du gouvernement français avec Gbagbo au nom de la raison d’Etat, et mieux camoufler les mensonges et la mystification qui ont justifié l’entrée en guerre avec une ancienne colonie où de nombreux entrepreneurs français avaient des intérêts. Il est dommage que de nombreux journaux ivoiriens aient donné de l’ampleur à une mauvaise opération de propagande.»
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mardi, 04 juillet 2006
Événements de Bouaké — panique à bord (suite) : si l’hypothèse de L’Express était vérifiée…
Si l’hypothèse de L’Express du 18 mai 2006 (article signé Vincent Hugeux, Eric Pelletier, Romain Rosso) reprise hier (3 juillet 2006) par Thomas Hoffnung de Libération était vérifiée…
Voilà un dossier de Libération cité ce matin avec gourmandise par la plupart des journaux ivoiriens. Ceux de l’opposition de droite (politico-rebelle) — en tête desquels le journal du RDR de Ouattara Le Patriote : ici rien de surprenant : Libération est quasiment copié-collé dès le titre de la Une.
Mais la presse proche des patriotes et du FPI reproduit de même l’article de Libération d’hier. Voilà qui, du coup, pourrait surprendre, n’était ce qu’induit en fait la thèse de L’Express reprise par Hoffnung, en passe de devenir, à défaut de mieux, la thèse médiatique française officielle.
Pourquoi donc une telle jubilation de la presse «proche du pouvoir» ivoirien qui est pourtant la première cible de Hoffnung ?
C’est que l’hypothèse franco-médiatique, supposant une intention délibérée de Gbagbo concernant les événements de Bouaké, qui donc ont déclenché la réaction en chaîne de novembre 2004 : événements d’Abidjan, «guerre des six jours», le tout débouchant sur un discrédit durable de la Chiraquie dans toute l’Afrique — cette hypothèse recèle implicitement la transformation de Chirac en un débutant et un amateur, tombé plus qu’à souhait dans le piège qui lui aurait donc été tendu.
Non seulement, donc, selon ladite thèse, le pouvoir français est (au moins indirectement) présenté comme complice (plus ou moins piégé) d’un «bombardement intentionnel» de soldats français — mais puisque ledit bombardement est présenté comme piège tendu à ce même pouvoir français, visant à le faire réagir violemment pour mobiliser contre lui la population, le pouvoir français a donné plus qu’abusivement dans le panneau ! Il serait donc tombé — suite à un coup de sang de Chirac (selon l’explication de Robert Marmoz dans le Nouvel Obs en décembre 2004) — tête baissée et sans réflexion dans le piège qui lui aurait été ainsi tendu ! Et cela — oh comble ! — ne s’est pas fait à son insu, selon la presse française. L’Express croit même pouvoir préciser que les manifestations d’Abidjan avaient commencé avant !
Voilà une défense de la Françafrique qui prêterait à rire n’était la réalité dramatique de tout cela — et cela au prix d’un embrouillamini (que j’ai essayé de démêler hier), conséquence de la volonté obtuse de ne pas lâcher le postulat de base voulant qu’il y ait eu là forcément un bombardement délibéré. Et effectivement lâcher un tel postulat serait assez coûteux aussi, puisque ce postulat est la seule légitimation de l’entrée directe en 2004 de la France dans la guerre contre la Côte d’Ivoire républicaine.
Faut-il que la Françafrique soit aux abois pour en être réduite à cette seule extrémité ! — : faire du pouvoir français le complice naïf et malgré lui d’un crime délibéré, qui de plus aurait été un piège tendu contre lui et dans lequel il serait tombé tête baissée en réagissant de façon on ne peut plus prévisible !
Bref, au point où on est en est, dans tous les cas de figure, les acteurs de la Françafrique, naïfs, criminels ou criminels et amateurs de surcroît, ont de quoi être amers !
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lundi, 03 juillet 2006
Événements de Bouaké : Françafrique, panique à bord
Il est devenu à présent incontournable que Paris n’est pas très clair dans l’affaire du bombardement de Bouaké qui a valu le déclenchement d’une guerre de six jours contre la Côte d’Ivoire, approuvée à l’époque par les principaux responsables de la majorité, de l’opposition et de la presse françaises. À présent que la vérité menace chaque jour un peu plus d’éclater, on se tire réciproquement dans les pattes en cherchant à tirer son épingle du jeu.
Depuis 2004, la justice, française comme ivoirienne, malgré les obstacles (j’y reviens) qui lui ont été imposés, a fait son chemin, et débouche sur des zones imprévues du grand public, qui font paniquer le microcosme politique et médiatique de la Françafrique. Et on tente des explications diverses, qui reviennent pour chacun à sauver sinon sa peau, du moins son crédit. Las : on ne veut pas lâcher la fausse prémisse qui depuis 2004, égare tout le monde…
Témoin le dossier de Libération de ce matin. Thomas Hoffnung l’affirme d’emblée : le camp français de Bouaké «a été délibérément bombardé par un avion Sukhoï-25 de l'armée du président ivoirien, Laurent Gbagbo». «Sans {qu’en soit} inform{é} le principal intéressé ?» demande faussement naïf Hoffnung, qui répond lui-même à sa question : «Au premier jour de l'offensive, un télégramme diplomatique de l'ambassade de France à Abidjan note l'utilisation des«seuls moyens aériens, dont on sait qu'ils sont directement commandés par la présidence».
Voilà sa prémisse : n'admettre aucun doute sur l'affirmation initiale de Chirac en 2004 voulant que Gbagbo ait décidé de bombarder le camp français. La suite du développement plonge donc dans un embrouillamini qui se dissipe de lui-même si l’on met en question cette prémisse. Hoffnung nous fournit lui-même sans s’en rendre compte (?) tous les éléments pour ruiner cette prémisse !
Qu’est-ce que soutient Hoffnung, à l’instar de ses confrères de l’Express (du 18 mai 2006) qu’il cite et reprend ? Que «la France ménage Gbagbo». C’est là la première conséquence logique si l’on s’en tient à sa prémisse. Le problème est que cela est loin de correspondre aux faits que lui-même était bien contraint d’énoncer en 2004 ! À l’époque, la résidence de Gbagbo à Yamoussoukro avait essuyé des tirs alors qu’on avait détruit ses hélicoptères civils, et sa résidence d’Abidjan s’était trouvée assiégée par des chars français. Hoffnung expliquait alors (Libération 10.12.04) la présence de cette colonne de chars français devant sa résidence, en ces termes, attribués au Col Destremau : «Au lieu de tourner à gauche, notre guide situé à l’avant a fait un tout-droit et nous nous sommes retrouvés devant le palais présidentiel».
Bombarder sa résidence de Yamoussoukro et y détruire ses hélicoptères civils, et placer une colonne de chars devant celle d’Abidjan, fût-ce suite à une «erreur d’orientation», voilà une bien curieuse façon de le «ménager» ! Mais Hoffnung y tient : avant même cela, la rébellion dont tout le monde sait à présent qu’elle a été téléguidée depuis la françafricaine Ouagadougou, l’humiliation de Marcoussis et ses suites (qui pour Hoffnung, reviennent «à soutenir Gbagbo pour sortir de la crise» — sic ! «Paris espère ainsi rapatrier ses 3 500 soldats» ! Ben voyons !), la guerre de six jours contre la population ivoirienne défendant son Président, les mensonges à répétition pour le discréditer, les menaces de Chirac au sommet France-Afrique de Paris, les tentatives d’écarter Mbeki de la médiation, l’insistance de la diplomatie française jusqu’à aujourd’hui pour le déboulonner, tout cela (et j’en passe), c’est pour «ménager» Gbagbo !
Partant de là, effectivement, les événements de novembre 2004 sont évidemment difficiles à expliquer !
Poursuivons donc l’ «explication» de Hoffnung, qui trouve dès lors naturellement «paradoxal» que «les autorités françaises semblent peu disposées à faire toute la lumière sur ces événements».
«Mais, jure déplorer Hoffnung, à la mi-octobre 2004, les rebelles refusent une nouvelle fois de rendre leurs armes» — il est vrai, pourrait-on ironiser, que Paris et la «communauté internationale» se sont empressés de faire pression !
Alors, «Paris décide de laisser faire Gbagbo.» «Car les Français n'ignorent rien des préparatifs de son offensive», «l'armée française était parfaitement au courant de ses plans d'attaque» Heureusement que Hoffnung nous l’apprend ! Sans quoi, on aurait pu penser, comme on a voulu nous le suggérer à l’époque (sans qu’alors Hoffnung, apparemment, ne soupçonne rien !) que Paris ne se doutait de rien !
Et voilà que pour une fois, Hoffnung, citant le Gal Poncet, met les guillemets à «communauté internationale», précisant «— autrement dit {…} Paris». Bonne nouvelle : Hoffnung ouvrirait-il enfin les yeux ? Eh non, hélas : c’est sans doute la seule fois où il faudrait faire la distinction : c’est en effet Poncet qui parle, pas un diplomate, un politique, ou un fin journaliste. Et quand Poncet distingue ainsi, c’est bien qu’il y a tension au sein de ladite «communauté internationale».
Quand on sait toutes les tentatives de Paris de déstabiliser Gbagbo, on est fondé à s’interroger sur la nuance de Poncet. Compte tenu de la suite des événements, on peut dès lors lui faire confiance. «Jacques Chirac a tenté, le 3 novembre, de dissuader par téléphone son homologue ivoirien de passer à l'attaque», précise même Hoffnung. Il y a bien eu là un décalage diplomatique qui n’a pas satisfait Paris, qui dès lors guette la moindre bavure pour stopper l’opération «Dignité».
Ce sera les événements de Bouaké. Il n’y a pas lieu de chercher ailleurs. Quand Hoffnung tient à ce que les Sukhoï «ratent parfois leurs cibles, tuant plusieurs dizaines de civils ivoiriens» et constate : «La communauté internationale ne bronche pas», alors qu’il vient d’écrire que selon l’ambassadeur de France Le Lidec «la communauté internationale n'admettrait pas d'exactions contre les populations» avant d’ajouter «et que "les forces impartiales ne pourraient rester sans réaction si elles étaient mises en état de légitime défense, donc attaquées"», on sait ce qui fera poids. Ou bien, les Sukhoï n’ont pas fait de victimes civiles (ou Hoffnung et consorts auraient oublié de les signaler à l’époque, eux qui ne ratent pas l’invention de quelque escadron de la mort pour discréditer la Côte d’Ivoire républicaine), ou bien être victimes collatérales d’un bombardement ne relève pas du domaine des exactions, ou bien il fallait quelque chose comme les événements de Bouaké pour stopper l’opération «Dignité».
Or c’est bien là ce qui la stoppera. Pour Hoffnung, elle sera stoppée de la sorte parce qu’elle avait déjà quasiment échoué ! Voilà un beau tour de force logique ! Logique bien compliquée, et que l’on a certes, de la peine à suivre. Poursuivons toutefois.
Le 6 novembre 2004, «vers 13 heures, comme lors des raids précédents, les forces françaises sont informées en temps réel du décollage des deux Sukhoï». Et certes, «une attaque visant les soldats tricolores paraissait inimaginable». Elle l’est jusqu’à aujourd’hui ! Quel intérêt ?!
Mais, bref, à partir du moment où l’on persiste à refuser que ça l'est jusqu'à aujourd'hui, on est bien contraint de s’enfoncer dans la «logique», compliquée, on le voit, de Hoffnung et consorts.
Pour cela, il faut passer sous silence le fait que quand «Brigitte Raynaud, l'ex-juge près le tribunal aux armées, {est} saisie deux mois et demi après les faits d'une plainte contre X pour "assassinats" et "tentatives d'assassinat"», c’est que toute enquête sur les événements de Bouaké a été interdite par la France pendant deux mois, que le procureur militaire ivoirien ange Kessi s’est vu interdire l’accès au camp de Bouaké, et que la commission parlementaire française à la Défense a refusé toute commission d’enquête — en substance, par la voix de Guy Teissier, «pour ne pas faire de peine à nos soldats».
Aussi quand Hoffnung se contente de remarquer comme un fait sans rapport que «le 10 février dernier{2006}, {elle quitte} ses fonctions pour rejoindre la Délégation interministérielle à la ville», on ose tout de même se demander si cette «promotion» n’est pas en rapport avec l’avancement de son enquête qui contraint aujourd’hui L’Express et Libération à expliquer laborieusement les faits pour le moins troublants qui contredisent les «informations» qu’ils nous livraient en 2004.
Quand Brigitte Raynaud (qui enquêtait aussi sur le Rwanda et débouchait sur des conclusions peu reluisantes sur le rôle de la France) s’en va en déplorant auprès de la ministre de la Défense que «aucun renseignement ne m'a été fourni sur les raisons pour lesquelles les mercenaires et leurs complices, identifiés comme auteurs de ce crime, bien qu'arrêtés immédiatement et dans les jours qui ont suivi les faits, avaient été libérés sur instruction ou avec le consentement des autorités françaises sans avoir été déférés devant la justice», il est surprenant de voir la logique de Hoffnung vouloir encore y lire une volonté française de «ménager» Gabgbo.
Alors Hoffnung nous ressort l’idée qui a fait long feu, que les Fanci ont été mises en échec en 2002 devant les rebelles, passant sous silence le fait que la contre offensive loyaliste avait alors été stoppée à la demande de la France et suite à l’interposition française. Il est vrai que Hoffnung a besoin de cela pour engoncer sa thèse centrale : alors, il n’hésite pas : «en octobre 2002, une première offensive loyaliste sur la ville s'était soldée par une défaite cuisante face aux rebelles. Gbagbo peut-il se permettre une nouvelle humiliation ?»
Et puisque, dit-il, l’opération «Dignité», menée pourtant, selon lui, avec la complicité — certes tacite ! — de la France (sic
Tous les «Slaves», techniciens et pilotes, sont alors exfiltrés — avec la complicité de Gbagbo (dont on bombarde toutefois le palais), affirme Hoffnung à l’appui de la DGSE. Cela tandis qu’on détruit les moyens militaires ivoiriens (malgré l’affirmation d’Alliot-Marie voulant que l’aéroport de Yamoussoukro ait été alors sous contrôle ivoirien et inaccessible aux Français !). Saura-t-on qui a pris cette décision ? Hoffnung nous donne aujourd’hui une nouvelle (troisième) version : après Chirac himself selon les médias français unanimes en 2004, après Poncet, une fois lâché, selon les mêmes médias en 2005, c’est aujourd’hui, en 2006, Bentégeat qui, selon Hoffnung, a donné l’ordre. Que le lecteur à qui il reste un peu de mémoire se débrouille.
Et tandis qu’on détruit ainsi les avions à Yamoussoukro, on prend l’aéroport d’Abidjan, on bombarde les manifestants du Pont de Gaulle, on se trompe de route en cherchant à récupérer les ressortissants français vers le palais de Gabgbo sur lequel on tire (pour le «ménager»), puis à l’hôtel Ivoire, où l’on n’en trouve pas, mais où l’on trouve (avec surprise, selon Hoffnung 2004) l’infrastructure du gouvernement de Gbagbo et où l’on finit par tirer sur la foule.
On a voulu, pourtant, par tout cela, nous assure-t-on encore, protéger les ressortissants français des exactions. On se souvient en effet des reportages en boucle sur les chaînes françaises à propos desdites exactions, avec le cortège des violences et des viols. «Aucun mort, trois viols», admet aujourd’hui Hoffnung — trois viols, c’est-à-dire, effectivement, l’horreur (tout comme les centaines de viols et autres éventrements par la rébellion, pour lesquels manifestement la France et ses médias sont plus discrets). Si l’on sait que la même nuit, cinq mille prisonniers ont été lâchés dans les rues d’Abidjan — à l’insu, naturellement, de la ministre de la justice installée à son poste par les accords gérés par la France à Marcoussis —, s’il l’on ajoute qu’une des femmes violées nie clairement qu’elle l’ait été par des patriotes, si l’on compare ce chiffre désormais officiel de trois viols aux statistiques des viols en France, on découvre qu’il y a eu au bas mot la nuit du 6 nov. 2004, cinq à six fois plus de viols à Paris qu’à Abidjan : viols en France : 50 000 / an selon – on l’a lu) est en passe d’échouer, on passera à la phase surprise — dans une logique presque aussi compliquée que celle de Hoffnung — : le bombardement du camp français ! http://www.chiennesdegarde.org/article.php3?id_article=416 — soit 140 env. / jour. Si l’on sait que l’agglomération parisienne compte env. 10 millions d’habitants, soit plus de 10 % de la population française, cela fait au moins 15 femmes violées par jour à Paris.
Reste de cet imbroglio hoffnunguien que les autorités françaises ont laissé volontairement partir les «Slaves» — cela, selon Alliot-Marie, parce que le pouvoir français est juridiquement tatillon. Il est vrai que les autorités françaises ont l’habitude de s’embarrasser du droit dans leurs rapports avec l’Afrique !
Et tout cela, Hoffnung n’en doute pas, pour «ménager» un Gbagbo dont on ne néglige par ailleurs jusqu’à aujourd’hui aucun moyen, médiatique, militaire, diplomatique (et j’en passe), pour essayer, en vain, de le dégommer…
La laborieuse explication de Hoffnung n’explique toutefois pas pourquoi la France a interdit en son temps toute enquête française, et a fait barrage à l’enquête ivoirienne en refusant l’entrée du camp de Bouaké. Elle n’explique surtout pas les faits qu’il notait lui-même par la bande en 2004.
Et enfin — puisqu’il présente cela comme enjeu central de son article — quelle est cette logique que Hoffnung et l’éditorial de Libération prêtent à la Chiraquie : vouloir s’éviter l’inimitié des familles des soldats pour ce qui serait un dérapage de l’opération «Dignité», dérapage dont Hoffnung dit qu’il n’est en aucun cas le fait de Paris ?!
L’enjeu n’est-il pas alors plus simplement, encore et toujours, la mise en cause de la Côte d’Ivoire républicaine qui, comme malgré elle, a remué les eaux troubles d’une Françafrique aux abois ?
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