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mercredi, 11 juin 2008
À Djé sur «Le génocide voilé»
Djé publie un article qui vaut d’être lu sur le livre de Tidiane N’Diaye, Le génocide voilé, éd. Gallimard, Collection Continents Noirs (272 pages - 21,50 €).
Résumé du livre :
« Les Arabes ont razzié l'Afrique subsaharienne pendant treize siècles sans interruption. La plupart des millions d'hommes qu'ils ont déportés ont disparu du fait des traitements inhumains.Cette douloureuse page de l'histoire des peuples noirs n'est apparemment pas définitivement tournée. La traite négrière a commencé lorsque l'émir et général arabe Abdallah ben Saïd a imposé aux Soudanais un bakht (accord), conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d'esclaves. La majorité de ces hommes était prélevée sur les populations du Darfour. Et ce fut le point de départ d'une énorme ponction humaine qui devait s'arrêter officiellement au début du XXe siècle. »
À retrouver sur le blog de Djé, une interview de France Ô : ’10 minutes pour le dire’ du 20 mars 2008 avec Tidiane N’Diaye, écrivain et anthropologue, auteur de ’Le génocide voilé’ — http://franceo.rfo.fr/article1072.html# —
« Un livre qui va faire débat… » conclut l’interviewer.
Tidiane N’Diaye s’inscrit dans la ligne des travaux de Austen auxquels renvoie avec moins de bonheur Pétré-Grenouilleau (Austen a contesté l’usage que ce dernier fait de ses recherches). Austen permet de savoir que la traite arabo-musulmane, phénomène souvent méconnu, est loin d’être pour autant quantité négligeable.
Malek Chebel s’est récemment penché sur la question. Cf. chez St Ralph : ici et ici. Cf. aussi http://delugio.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/09/14/%C3...
Tidiane N’Diaye soutient que la disparition des descendants des esclaves noirs est due au fait qu’ils étaient systématiquement castrés. Voir sur le blog de Djé, des citations éloquentes.
Trois remarques :
1) L’absence de castration des esclaves déportés en Occident renvoie à la catastrophe que représente l’institution de la polygamie : les eunuques sont attachés au service du harem (pratique très connue depuis la plus haute antiquité mais rendue inutile en Occident du fait de la prohibition de la polygamie — prohibition répandue par le christianisme).
Ce qui, selon Alban Dignat, n’empêche pas qu’aux temps carolingiens, « les prisonniers slaves alimentent en grand nombre un commerce actif entre Venise et l'empire arabe du sud de la Méditerranée. Ils rejoignent en premier lieu la place de Verdun, en Champagne, où ils sont systématiquement émasculés (!). Un quart environ d'entre eux ne survivent pas à cette brutale mutilation. Les autres gagnent Venise puis, de là, sont embarqués vers les ports orientaux.
Les marchands vénitiens, bien que de religion chrétienne, ne voient pas d'objection à vendre des païens slaves aux musulmans. Venise conserve le souvenir de ce fructueux commerce dans le nom d'un quai célèbre à l'extrémité du Grand Canal : le quai des Esclavons (nom sous lequel étaient désignés à l'époque les Slaves). C'est l'époque où, dans les langues occidentales, le mot «esclave» ou «slave» se substitue au latin «servus» pour désigner les travailleurs privés de liberté.
Le trafic très particulier se tarit vers l'an 1100 du fait de la christianisation des Slaves. »
2) Cela doit induire une certaine relativisation quantitative de la pratique de la castration dans le monde arabo-musulman : tous les esclaves n’étaient pas employés au service des harems.
Quelques précisions à ce sujet trouvées sur le blog de Krathos :
« Extrait. Les eunuques du sultan :
William Lemprière, médecin anglais reçu à la fin du 18ème siècle par le sultan Sidi Mohammed, roi du Maroc, décrit les eunuques en charge du harem du sultan.
“Aussitôt que le prince eut décidé que j’entrais dans le harem de ses femmes, il ordonna qu’on me conduisit avec mon interprète. Le chef des eunuques me reçut à la porte. Il est à observer que les eunuques chargés spécialement de la garde des femmes sont issus d’esclaves nègres. La voix des eunuques a un accent particulier, elle ressemble un peu à celle des jeunes gens qui sont encore dans l’adolescence. Enfin, ces êtres mutilés offrent tout à la fois une image dégoûtante de faiblesse et de monstruosité. […]” »
Un témoignage qui laisse à penser que les esclaves voués à d’autres tâches, comme les tâches militaires par exemple, n’étaient probablement pas castrés !
Un autre extrait signalé par Krathos confirme l’idée que tous n’étaient pas castrés :
« La Moudawana d’Ibn Al Qassim, texte de référence du rite malékite, contient des dispositions liées à la propriété sexuelle des esclaves :
- Les “parties honteuses” de l’esclave femelle appartiennent de droit à son maître. Il en va ainsi de son ventre (ses enfants) et de son dos (force de travail).
- L’esclave ne peut épouser que deux femmes (contre quatre pour l’homme libre).
- L’esclave ne peut se marier sans l’accord de son maître, mais ce dernier peut l’y obliger.
- Une esclave ne peut être co-épouse avec une femme de condition libre.
- Le nombre de concubines que peut posséder un musulman n’est pas limité (contrairement au nombre de femmes légitimes et de condition libre).
3) Sur Ibn Khaldun, grand penseur musulman du XIVe siècle, souvent considéré comme un des ancêtres des Lumières : Tidiane N’Diaye note qu’Ibn Khaldun tient des propos nettement racistes, parlant d’infériorité des « noirs ».
Ibn Khaldun n’a manifestement pas remarqué que les Slaves, qui ne sont pas « noirs », sont aussi passés par là, jusqu’à recevoir le nom générique de « Slaves » (= esclaves).
Par ailleurs Ibn Khaldun, posant les bases d’une théorie raciste, est, en cela aussi hélas, l’ancêtre des philosophes des Lumières, et probablement pour les mêmes raisons : l’abandon de la référence religieuse qui à terme débouche sur la fin de l’esclavage, entraînait une alternative, pour raisons économiques (raisons du maintien de l’esclavage) : légitimer une pratique à terme disqualifiée religieusement, par des arguments d’un autre ordre : « raciaux », en l’occurrence en rapport avec le taux de mélanine !
Les idées « lumineuses » d’Ibn Khaldun triompheront plus tard. En attendant, un des facteurs (outre la castration) de « disparition » des descendants des « noirs » a pu être le « métissage » — par le viol, ou, au temps de l’affranchissement par la montée dans la hiérarchie socio-religieuse, au bout de plusieurs générations… l’islam valant à terme à son adepte un statut... relativement « élevé » (au-dessus des « dhimmis » juifs et chrétiens)…
Reste du livre que Djé signale opportunément, l’exhumation d’un tabou, levé par Tidiane N’Diaye, aspect des choses dont la recherche ne pourra pas faire l’économie.
22:09 Publié dans Analyses & commentaires | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : afrique, delugio, politique, actualité, international




Commentaires
Précisions très utiles qui permettent de pendre un peu plus de recul donc je répercute dans mon zapping.Quoiqu'il soit et pour y voir plus clair je compte bien dévorer ce bouquin durant mon escapade en Calabre cet été.
Sur les Slaves :
"Le trafic très particulier se tarit vers l'an 1100 du fait de la christianisation des Slaves"
Pourquoi les noirs dans les champs de coton du Nouveau Monde n'ont pas eu droit à cette clémence?
Cette anecdote me renvoie à un récent débat sur le complexe d'infériorité des noirs ;)
Merci Delugio.
Ecrit par : Djé | jeudi, 12 juin 2008
Remarque pertinente Djé. La réponse à cette question renvoie bien à la création de la théorie des races dont on voit des prémisses chez un Ibn Khaldun, et qui, transitant par la péninsule ibérique inquisitoriale et expansioniste, se retrouve hélas jusque chez les philosophes des Lumières ; théorie qui "résoud" la contradiction de la mise en esclavage de chrétiens par des chrétiens via le taux de mélanine ! Quand la mauvaise foi est le seul justificatif d'une violence injustifiable.
Merci pour le zapping.
Ecrit par : delugio | jeudi, 12 juin 2008
Merci delugio ; tous ces efforts de restitution historique montre qu'il y'a intérêt à faire émerger la vérité et qu'on ne peut rester muet sur ce que je qualifie de crime contre l'humanité...
Je crois que si dans nos habitudes d'africain, on s'intéressait fortement à la lecture on comprendrait que cet esclavagisme répondait à certaines attentes religieuses et hégémoniques de ces peuples arabes sur le monde ; Heureusement ou malheureusement ( c'est selon), qu'ils ont été freinés en Espagne par la Reine (Isabelle ou Élisabeth, je ne sais plus trop) .
Hommage également à Tidiane Ndiaye pour cette oeuvre littéraire
Ecrit par : Krathos | mercredi, 18 juin 2008
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